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J’étais à Moscou hier et aujourd’hui pour assister à des réunions avec notre joint-venture. En soirée, j’ai soupé avec des clients dans l’un des meilleurs hôtels de la ville. Une flotte de voitures de luxe allemandes était littéralement alignée devant la porte, toutes du même type et de la même couleur (brun), attendant patiemment d’embarquer les hôtes de l’hôtel pour un tour en ville. Les personnes souhaitant entrer dans l’hôtel devaient cependant passer par un détecteur de métaux. Le dîner était passionnant. L’économie russe se porte bien, le potentiel de développement des infrastructures est encore incroyablement élevé (avec ses files incessantes, Moscou semble un bon endroit pour commencer), le pays déborde de matières premières et le ratio cours/bénéfices est faible. Qu’attendent donc les investisseurs étrangers ? (Réponse: un rebond de l’appétit pour le risque). L’Occident a fait l’objet de critiques sévères : l’insatiable quête du « toujours plus » a entraîné une explosion de la dette suivie d'un effondrement, tant aux États-Unis que dans la zone euro.
Dans l'après-midi, j'ai ensuite repris l'avion pour London Heathrow, puis un train vers Paddington et enfin un métro vers St Pauls. La cathédrale était entourée de petites tentes. Une banderole affichait le message « capitalism is crisis » (le capitalisme est la crise) et une autre « give me lolly because I can’t fill my trolley » (Donnez-moi du blé pour remplir mon panier). L’ambiance est calme mais le désespoir est palpable. Le Royaume-Uni subit une crise profonde et est un méli-mélo de politiques économiques unique en son genre: politique budgétaire extrêmement stricte d’une part et politique monétaire très accommodante avec la énième vague de création de monnaie par la vieille dame de Threadneedle Street (la banque centrale) de l’autre. Trois cent mètres plus loin, dans le hall de mon hôtel, deux réceptions privées battent leur plein. Des groupes de jeunes d’une vingtaine d’années, verre de champagne à la main, prennent l’ascenseur vers l’étage inférieur, probablement en direction du bar.
Je soupe avec un collègue de Hong Kong par hasard de passage à Londres. Il m’apprend que l’économie ralentit et que les banques ont relevé les taux d’emprunt. Les Chinois portant des valises pleines de billets se font plus rares. Je lui demande comment se portent les casinos de Macao car j’avais lu un jour que leur cours de Bourse était étroitement corrélé avec les prix immobiliers de Hong Kong (les deux étant tirés par la Chine). Il s’avère que les grands flambeurs (qui peuvent dépenser 1 million de dollar hong-kongais, soit près de 100.000 euros, par visite) sont toujours présents mais que l’homme de la rue prend quelque peu ses distances. Les exploitants de casinos font donc appel à des intermédiaires pour vendre des jetons à prix réduit dans les hôtels et ainsi attirer les joueurs. Cette réduction a déjà atteint 5%. Quelle serait la réduction à Las Vegas ?
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Réponse avec William de Vijlder Directeur Stratégie BNP Paribas Investment Partners
Interview réalisée par le journaliste Didier Testot sur la Web Tv www.labourseetlavie.com
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Rédigé à 18:34 dans Video | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Selon la légende germanique, la nymphe Lorelei charmait par son chant les marins qui naviguaient sur le Rhin. Fascinés par cette mélodie enchanteresse, ils en oubliaient les dangers et leur bateau s’échouait contre les récifs. Du côté de la Grèce, dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse a eu la bonne idée de demander à son équipage de se boucher les oreilles avec de la cire afin de ne pas céder au chant trompeur des sirènes et, lui qui souhaitait quand même entendre ce fameux refrain, de se faire attacher au mât du bateau. Il convient donc clairement de se méfier des sirènes... Ce chant s’entend parfois aussi dans le débat concernant la crise en zone euro : « Si la pression devient trop forte, un pays n’a qu’à quitter la zone euro et tout ira mieux ». Dans un texte précédent, je vous ai déjà parlé de l'enquête menée par le Wall Street Journal selon laquelle la moitié des répondants misaient sur le départ d’au moins un pays de la zone euro d’ici à 2 ans. Dans le même ordre d’idées, j’ai participé lundi dernier à un débat au cours du salon Fondsevent, un grand événement organisé aux Pays-Bas et destiné aux conseillers en investissement. Il est ressorti d’un tour de table parmi les quelque 400 participants que 88,5 % d’entre eux pensent que la zone euro continuera d’exister. Mais ce résultat signifie aussi que 11,5 % d’entre eux sont d’avis qu’un pays quittera la zone euro, un chiffre pour le moins surprenant. Non pas tant qu’aucune tension ne règne parmi les États membres (les tensions sont bel et bien présentes, comme nous avons pu le constater ces dernières semaines) mais parce que compter sur la sortie d’un pays représente une solution qui dépasse toute rationalité économique.
Prenons l’exemple de ce que j’appellerai, par souci de facilité et pour ne citer aucun nom, « le pays faible ». D’aucuns argumentent (notamment Nouriel Roubini dans son article de la semaine dernière dans le Financial Times) que l’abandon de la zone euro par un tel pays représente la solution évidente à tous les problèmes : en effet, l’importante dépréciation du taux de change qui en résulterait permettrait de stimuler la compétitivité et de donner un nouveau souffle à l’économie. Mais ont-ils bien raison ? L’analyse des conséquences d’une telle décision doit tenir compte des effets de revenu et des effets de bilan. Par « effets de bilan », j’entends que si les familles, entreprises et banques de notre « pays faible » ont contracté des dettes en euros à l’étranger, elles les verront considérablement augmenter à la suite de la dépréciation de leur monnaie nationale réinstaurée. Leur patrimoine net (les actifs moins les dettes) fondra donc comme neige au soleil. Il en résultera des faillites ou, au moins, de nettes coupes dans les dépenses. Autre aspect qui pourrait peser sur les bilans : une sortie de la zone euro ira probablement de pair avec un rééchelonnement de la dette, ce qui représenterait une énorme perte pour les banques du pays concerné. Les autorités devraient alors procéder à une recapitalisation du système bancaire. Cependant, dans un pays qui affiche un déficit de sa balance courante, qui se trouve en récession et dont le déficit public est déjà abyssal, une telle injection de capitaux ne pourrait être financée que par une augmentation de la masse monétaire. Résultat : à terme, l’inflation progressera considérablement.
Qu’en est-il maintenant des effets de revenu ? Nous sommes confrontés ici à une analyse classique des conséquences d’une dépréciation. Le recul de la monnaie stimule les exportations, augmente le prix des importations et pèse sur les dépenses domestiques à la suite de la hausse de l’inflation (prix plus élevés à l’importation). Les effets de bilan que nous avons décrits plus haut pèseront également sur les dépenses, notamment car l’accès au crédit sera plus difficile et car les banques pourront moins facilement octroyer des prêts. Nous pouvons nous poser la question ici de savoir si la baisse de taux ne pourrait pas avoir un effet stimulant. En effet, l’autonomie monétaire regagnée pourrait servir à maintenir les taux d’intérêt à court terme à un niveau particulièrement peu élevé. Plus important encore : qu’adviendra-t-il des taux longs car les dépenses (consommation des ménages, investissements des entreprises et construction de logements) dépendent généralement de ces taux longs. D’une part, ils baisseront, car la prime de risque demandée aujourd’hui en zone euro devrait diminuer. D’autre part, poussés à la hausse par l’inflation croissante (résultant de l’augmentation des prix à l’importation et de la création monétaire massive), ils grimperont et finiront par peser sur la demande de crédits et sur les finances publiques. Sans oublier un point crucial : l’inflation mènera à une érosion du pouvoir d’achat, récupéré grâce à la dépréciation. D’un point de vue technique, la dépréciation réelle de la monnaie (c’est-à-dire corrigée de l’inflation) sera finalement nettement plus faible que la dépréciation nominale, de sorte que l’élan vers les exportations sera lui aussi plus limité. De plus, l’inflation autogénérée est difficile à contrôler car elle nécessite un durcissement de la politique monétaire, un élément en contradiction flagrante avec l'objectif d'autonomie monétaire.
Demandons-nous à présent quelle serait la situation dans un « pays fort » qui déciderait de quitter la zone euro. À nouveau, il nous faut prendre en compte les effets de revenu et de bilan. Les effets de bilan seront négatifs pour ce « pays fort » car ses créances étrangères sur des pays qui étaient anciennement ses collègues en zone euro perdront de la valeur en raison de l’appréciation de sa monnaie forte réinstaurée. Cette situation pourrait même nécessiter une recapitalisation des banques de ce pays et donc peser sur le marché boursier et/ou le budget public. Le même effet d’appauvrissement se ferait alors sentir chez les familles et entreprises qui détiennent des actifs à l’étranger. En raison de ces effets de bilan peu encourageants, la croissance du crédit reculerait, le taux d’épargne grimperait et la croissance ralentirait. L’inflation, quant à elle, diminuerait. Les taux à long terme se replieraient considérablement en raison de l’inflation plus faible, mais aussi et surtout car les investisseurs étrangers auraient découvert une nouvelle valeur refuge (« safe haven »).
Les effets de revenu seraient eux aussi très négatifs : la monnaie connaîtrait une très forte appréciation nominale, notamment sous l’influence des investissements « safe haven » émanant de l’étranger (pensez à la situation qu’a connue la Suisse cette année). La baisse de l’inflation favoriserait certes la compétitivité, mais il s’agit là d’une maigre consolation en comparaison à la vigueur potentielle de l’appréciation.
Conclusion : tant le « pays faible » que le « pays fort » enregistreraient des dégâts économiques importants à la suite du départ d'un pays de la zone euro (sans parler des réactions et de la pression spéculative insoutenable que ce départ déclencherait dans d'autres pays). Pour en revenir à mon premier paragraphe, mieux vaut donc se boucher les oreilles pour ne pas entendre le chant des sirènes encourageant un départ de la zone euro. Il est cependant frustrant que ce comportement rationnel ne fera pas l’affaire des investisseurs : tant que nous n'avons pas trouvé la solution « définitive » à la crise, la pression sur les cours boursiers et obligataires persistera car il s’agit des seuls exutoires dont disposent les investisseurs pour exprimer leurs craintes et préoccupations quant à l’absence, justement, de solution.
William De Vijlder
27 septembre 2011
Rédigé à 10:54 dans William's Weekly Comments | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Imaginez un patient qui ne se sent pas bien depuis quelque temps. Son médecin lui a prescrit divers médicaments, qui n’ont cependant eu qu’un effet passager. Le patient recommence donc à s’inquiéter pour sa santé et rappelle le docteur. Celui-ci lui confirme qu’il est bel et bien malade et lui administre sans tarder un nouveau remède. Une fois le médecin parti, le pauvre patient se retrouve à nouveau plongé dans le désarroi…
Voilà une description imagée de la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays de l’oncle Sam. Une lourde récession contrée avec de grands moyens, suivie d’une amélioration temporaire et, à présent, une banque centrale qui confirme les craintes de tout un peuple : le risque de récession a dangereusement augmenté. La réaction à une Operation Twist a été largement négative (de quoi frustrer Ben Bernanke) en raison de la combinaison d’une mauvaise nouvelle (« les États-Unis vont mal ») et d’un certain scepticisme (« pourquoi les résultats seraient-ils cette fois positifs ? »). D’un point de vue purement économique, pourtant, les chances de réussite de cette opération sont nettement plus grandes que celles d’un assouplissement quantitatif (QE2). Cette dernière approche était en effet un instrument pour le moins grossier (comme un bazooka) : le principe consistait à faire fonctionner la planche à billets, à acheter des obligations d'État et à attendre de voir comment les choses évoluaient. L’Operation Twist, en revanche, est un instrument de précision : à l’heure actuelle, la Fed ne se cantonne pas à fixer les taux courts au niveau qu’elle estime souhaitable (comme le font toutes les autres banques centrales), elle fait de même avec les taux longs. En d’autres termes, la Fed est passée à une politique dont la cible n'est autre que les taux à long terme, qu'elle peut pousser à la baisse autant qu'elle veut, si nécessaire au moyen de l’élargissement de son bilan (c’est-à-dire une troisième phase d’assouplissement quantitatif). Elle n’en est pas (encore) arrivée là, histoire de ne pas gaspiller toutes ses munitions dès le départ. Ajoutez encore à ce tableau une inflation positive (nous ne sommes pas au Japon) et vous comprendrez à quel point les taux longs réels peuvent baisser.
Le patient européen est malade, lui aussi. On lui a aussi déjà administré quelques médicaments, en petites doses, mais (à sa grande frustration) les médecins ne semblent pas réussir à se mettre d’accord sur le médicament miracle ou sa posologie. Dans le chaos de l’implosion de marché qui en a résulté, la déclaration du G20 a sonné comme une lueur d’espoir : « Les membres de la zone euro auront mis en œuvre d'ici notre prochaine réunion les mesures nécessaires permettant d'accroître la flexibilité du FESF et de maximiser son impact pour éviter la contagion ». Dans ce contexte, la déclaration en marge du G20 du ministre français des Finances, François Baroin, selon laquelle il serait envisageable de laisser le FESF opérer avec un effet de levier afin qu’il puisse intervenir à plus grande échelle, est pour le moins intéressante, pour ne pas dire pleine de promesses.
Conclusion : la crainte d’une récession est grande et le risque de récession est en effet considérable (les spreads de crédit plus élevés et les Bourses en baisse doivent encore générer leurs effets négatifs réels) mais la Fed agit aujourd’hui de manière beaucoup plus précise et, par-dessus tout, nous devons espérer que la plus grande liberté de manœuvre du FESF soit effectivement approuvée par les différents parlements. Nous semblons donc être sur la bonne voie, mais le chemin est encore long. L’aversion pour le risque promet par conséquent de persister.
William De Vijlder
23 septembre 2011
Rédigé à 11:21 dans William's Weekly Comments | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Nous sommes dimanche après-midi et j’attends patiemment mon vol pour Miami au terminal 8 de l’aéroport JFK, à New York. Je me suis longuement promené hier dans les rues de Manhattan, avec un passage obligé par le quartier de Wall Street et une visite de Ground Zero, situé un peu plus loin. La police était présente en force en raison de la tenue d’une manifestation contre le capitalisme. « Glass-Steagall in, Obama out ! » scandaient les manifestants. La loi de Glass-Steagall (également connue sous le nom de Banking Act) est une loi des années 30, abolie en 1999, qui instaurait une incompatibilité entre les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. La statue mythique du taureau de Wall Street était carrément entourée de barrières Nadar. Peut-on imaginer une image plus révélatrice pour illustrer un marché d’actions qui ne sait plus dans quelle direction aller ? Demain, à Miami, je participerai à un débat organisé dans le cadre du Foundations and Endowments Summit de l’IMN (il s’agit pour ainsi dire d’un rassemblement d’investisseurs institutionnels). Je donnerai ensuite un exposé sur la diversification internationale qui, vu leur « home bias » particulièrement marqué, devrait inspirer les investisseurs américains présents. Enfin, espérons-le ! Je me suis par ailleurs porté volontaire auprès du modérateur du débat pour parler de la crise dans la zone euro. Je m’attends d’ores et déjà à ce que l’on me pose les questions classiques, avec en tête celle concernant l’éventualité qu’un pays quitte la zone euro. Je qualifie ces questions de « classiques » car il est ressorti d’une enquête menée auprès d’économistes par le Wall Street Journal qu’un répondant sur deux pense qu’au moins un pays quittera la zone euro dans les deux années à venir. Pour choisir ce terme, je me base également sur les questions qui m’ont été adressées après la présentation intitulée « The debt of nations » (ce qui peut être traduit par « L’endettement des nations ») que j’ai donnée jeudi passé lors d’un congrès sur les fonds de pension au Canada : les participants y voyaient également la zone euro comme très complexe et donc à fuir. Au cours de réunions avec des clients et journalistes à Toronto, par la suite, certains se sont carrément demandé comment la zone euro tenait le coup. Lorsque j’explique à ce genre de personnes que la zone euro représente le point culminant de près de six décennies d’intégration européenne, que le capital politique qui y est investi est colossal, que les coûts économiques d’un abandon de l’union monétaire seraient tout aussi colossaux ou encore que la BCE fournit quand même un travail de qualité tout en laissant le temps aux politiques d’avancer (très lentement, certes), je reçois invariablement la même réponse : « Ah oui, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle ». Peut-être que nous autres Européens devrions travailler notre stratégie de marketing.
Si l’Europe semble malade aux yeux de nombreux Américains, on ne peut pas dire que les États-Unis, justement, aient l’air de se porter beaucoup mieux. L’éditorial d’un journal a même imaginé le jeu de mots « Sad Men », faisant allusion à la série à succès « Mad Men » qui parle du monde de la publicité dans les années 60, cette époque où le rêve américain était toujours vivant alors qu’aujourd’hui, dixit le journaliste, il a volé en éclats. Les journaux regorgent d’articles sur le plan du président Obama visant à limiter le déficit budgétaire dans les dix prochaines années et à introduire un « impôt Buffett », du nom du milliardaire Warren Buffett qui a appelé à une augmentation de l’impôt des riches Américains. Parallèlement, des commentaires politiques prétendent qu’Obama a tout de même vraiment jeté un pavé dans la mare. Il est vrai qu’il se place beaucoup moins qu’avant au-dessus de la mêlée politique et qu’il joue désormais résolument la carte du programme démocrate. Les élections présidentielles approchent à grands pas et ne présagent rien de bon pour les négociations qui doivent mener à un accord en novembre. Si aucun consensus n’est atteint, on s’attaquera alors automatiquement à différentes catégories de dépenses (cela à la suite de l’accord de cet été concernant le relèvement du plafond de la dette américaine). Autre point intéressant : des spécialistes budgétaires à Washington D.C. ont constaté que le plan d’Obama comportait tout de même quelques éléments de comptabilité créative…
La discussion concernant une hausse des impôts pour les riches rejoint sans transition un autre thème : lorsque la croissance économique stagne, le débat en revient à la répartition des richesses existantes. La question passe alors de « dans quelle mesure le gâteau grandit-il ? » à « comment les parts de gâteau sont-elles distribuées ? ». Certains chiffres pour le moins surprenants ont d’ailleurs été publiés la semaine passée. On apprend ainsi qu’un peu plus de 15 % des Américains vivent sous le seuil de pauvreté (un record depuis 1993) et que le revenu moyen réel (donc intégrant l’inflation) d’un Américain en 2009 était identique à celui de… 1969 ! La ville de New York remporte la palme en matière d’inégalités des revenus : le New York Times de dimanche, un pavé d’environ quatre centimètres d’épaisseur (282 pages !), mentionnait, entre d’autres articles sur les nouveaux restaurants dans les quartiers branchés et le programme culturel automnal, que le revenu moyen des 5 % les plus riches de la population de Manhattan était 81 fois supérieur au revenu moyen des 20 % les plus pauvres. En chiffres, cela donne 837 668 dollars (environ 617 000 euros) contre 10 328 dollars (un peu plus de 7 500 euros). Le Wall Street Journal a quant à lui publié une carte saisissante des États-Unis indiquant combien d’emplois rémunérés au salaire minimum officiel sont nécessaires à chaque famille pour pouvoir louer une maison deux chambres avec un loyer respectant la proportion de 30 % des revenus du ménage. Aucun État ne se trouvait sous la barre de 1,5, les plus chers étant New York, le New Jersey, Washington D.C. et le Maryland (qui nécessite 3,4 emplois au salaire minimum). La Californie a, de son côté, obtenu le score de 3,3. Si les années 60 rimaient avec « California dreaming », on parle plutôt aujourd’hui de « California screaming ».
William De Vijlder
21 septembre 2011
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‘Le bazooka’ et ses conséquences sur le marché
Depuis plusieurs semaines les investisseurs attendent avec impatience ‘les réponses définitives’ à la crise dans la zone Euro. Chose intéressante : l’impact négatif de cette indécision ne s’est pas révélé trop prononcé sur les marchés, comme si les investisseurs s’attendaient quand même à une agréable surprise après tout…
Sans se lancer dans une analyse approfondie de la probabilité et de la nature de cette éventuelle bonne surprise, il est intéressant d’évaluer à quel point la réaction des marchés pouvait être vive. Supposons que la méthode du « bazooka » (comme on l’appelle désormais) soit adoptée, c’est-à-dire que la puissance du FESF soit considérablement augmentée de manière directe ou indirecte (via les insurance wrappers). Résultat : les pays qui ont jusqu’à présent éprouvé des difficultés à accéder aux marchés des capitaux seraient maintenant en mesure de combler leurs besoins de financement bruts (déficit public + refinancement de la dette) à des taux d’intérêt plus avantageux. Voilà qui mettrait alors un terme au cercle vicieux auquel nous assistons depuis quelques mois : les perspectives d’une hausse progressive du taux d’intérêt moyen imputé à la dette dans son ensemble (dont la rapidité dépend de l’ampleur du besoin de financement net et de la structure des échéances de la dette et dicte la vitesse de refinancement de la dette) ont donné lieu à des craintes d’insolvabilité grandissantes et, dès lors, ont poussé les taux d’intérêt à la hausse. La demande de crédit privée ainsi que les perspectives de croissance en ont fait les frais, de même que les cours bancaires et les marchés boursiers en général.
Pour être plus précis, nous pourrions affirmer que ce cercle vicieux fera plus que simplement s’arrêter mais évoluera au contraire dans le sens opposé à la situation actuelle. En effet, les perspectives de financement des besoins de financement bruts à un taux d’intérêt inférieur aux niveaux de marché actuels apaiseront les craintes d'insolvabilité. Ainsi, même si la politique budgétaire reste inchangée, la progression exponentielle du ratio dette/PIB sera plus lente qu’elle le serait dans d’autres conditions. Sans oublier que les pays bénéficiant du soutien du FESF devront mettre en place une politique budgétaire appropriée, ce qui permettra de mieux maîtriser la dynamique dette/PIB. Tous ces ingrédients justifieraient un resserrement des spreads, mais dans quelle mesure et à quelle vitesse ? Partons du principe extrême selon lequel tous les investisseurs pensent que « l’usage permet de juger de la qualité ». Il impliquerait que, même si le besoin de financement brut était comblé à des taux inférieurs grâce au FESF, les prix obligataires sur le marché secondaire ne grimperaient pas et les spreads ne se resserreraient pas parce que les investisseurs souhaiteraient d’abord avoir la confirmation que le cercle vicieux décrit plus haut a été rompu et que l’austérité sera de mise sur le plan budgétaire. À propos, c’est justement pour cette raison que l’engagement de l’Espagne de mener une politique budgétaire solide en intégrant ce point comme objectif à sa constitution était une bonne idée : sa crédibilité s’en voit de la sorte améliorée. Toujours est-il que la supposition que les investisseurs adoptent une telle attitude de temporisation est certes extrême.
Mais l’hypothèse inverse tiendrait-elle la route ? Les investisseurs seraient-ils tentés de revenir en masse pour verrouiller des spreads attrayants ? Force est de constater que pareille hypothèse semble tout aussi extrême puisque bon nombre d’entre eux se rangeraient derrière le proverbe « chat échaudé craint l’eau froide ». En effet, il est difficile d’imaginer que des investisseurs qui ont perdu des plumes en raison de leur exposition aux pays PIIGS reviennent dans la partie comme si rien ne s’était passé. Il se peut ainsi que la structure de l’allocation géographique cible de leur portefeuille d’obligations ait changé. La contraction des spreads sera-t-elle par conséquent limitée et lente ? Concernant l’ampleur de la contraction, elle dépendra en grande partie des rendements avec lesquels seront émises les « obligations protégées par le FESF », ces rendements établissant en effet un plancher pour le marché. Quant à la vitesse de contraction, elle pourrait être étonnamment élevée. Les investisseurs dans des fonds communs de placement qui travaillent par rapport à un indice de référence et qui seraient sous-pondérés à ce stade seront tentés de s'aligner sur la pondération de l'indice, ne serait-ce que pour éviter une sous-performance lors d’un rebond. Certains pourraient même afficher une surpondération, du moins pendant quelque temps, pensant que les investisseurs qui optent pour une sous-pondération renforceront leur position et pousseront les prix à la hausse. Du point de vue des spreads, nous pourrions aussi assister à un effet ciseaux : certains pourraient vendre leurs Bunds en estimant que les opérations « risk off » deviendront « risk on », ce qui poussera les rendements des Bunds à la hausse.
Qu’en est-il des actions ? La réaction sur ce marché devrait également s’avérer rapide et brève. Les marchés réévalueront en fait les flux de trésorerie futurs en les revoyant à la hausse de manière modérée et en les intégrant à un taux d'escompte légèrement moins strict vu que la zone euro est devenue moins risquée, garantissant ainsi une prime de risque plus faible. D’un point de vue extrême à nouveau, une telle réévaluation pourrait se faire rapidement (un peu comme la réaction aux surprises positives au niveau des emplois américains), même si nous pouvons nous attendre à ce qu'un rebond attire des acheteurs sur le marché et, par conséquent, que la réévaluation dure plus longtemps. Une fois cet ajustement réalisé, les affaires pourront reprendre comme avant en se concentrant sur une économie européenne plus lente, des perspectives d’environnement hostile à la croissance en 2012 sur fond de durcissement généralisé de la politique budgétaire en zone euro, ou encore des points d’interrogation concernant l’avenir des États-Unis. Conclusion : préparons-nous pour un « rebond éclair » mais ne nous y habituons pas car il ne s’agit pas là d’une nouvelle tendance.
William De Vijlder
21 octobre 2011
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