Tout le monde a déjà vécu cette expérience: vous êtes sur la plage et le soleil qui brillait encore il y a une minute a disparu derrière les nuages. Vous levez ensuite la tête pour évaluer la rapidité des nuages dans l’espoir de rapidement voir réapparaître un rayon de soleil. Cette image illustre bien ce qui attend les Bourses en 2012. Le grand nuage noir en dessous duquel nous nous trouvons depuis quelques temps représente la crise de la zone euro. Il reste à espérer que le sommet crucial (encore un) du 9 décembre prochain apporte quelques éclaircissements. Aussi réjouissant que cela puisse être, son issue n’offrira toutefois qu’un bref moment de répit. Un autre nuage est en effet déjà tout proche : celui de la récession en Europe. L’indice PMI des directeurs d’achat indique que nous sommes déjà en récession, sans compter l’impact des mesures d’assainissement budgétaire l’année prochaine. À cet égard, le recul des indicateurs de confiance, tels que les indices PMI, reflète déjà en partie cette évolution de la situation. Il faut aussi compter sur le fait que la levée des incertitudes qui suivra une réponse satisfaisante à la crise de la zone euro devrait gommer la réticence des entreprises et des ménages à investir. Si, comme en « attestent » les chiffres bruts du FMI, l’accroissement de l’incertitude pèse sur la croissance, une baisse de cette dernière devrait donc entraîner un élan positif. Néanmoins, 2012 sera une année économiquement difficile et l’investisseur a de quoi rester perplexe face aux prévisions du consensus, qui table sur une croissance bénéficiaire de 9% et du chiffre d’affaires de près de 4%, soit plus que l’inflation. Les marges sont de surcroît déjà très élevées. Outre-Atlantique, d’aucuns prévoient une croissance bénéficiaire de plus de 10% et du chiffre d’affaires de 4%, ainsi qu’une augmentation des marges. L’évolution de la situation macro-économique ne laissera donc pas de place à la déception. Le scénario qui se profile est un « ouf » de soulagement si une solution à la crise est trouvée, suivi de doutes sur l’évolution future de la croissance bénéficiaire. En supposant que les États-Unis parviennent à passer à la vitesse supérieure grâce à l’Operation Twist ou à un éventuel 3e assouplissement quantitatif, le nouvel élan d’euphorie qui suivrait serait de courte durée et réorienterait rapidement l’attention sur l’incertitude politique: l’éventuel changement de couleur politique de l’Administration et du Congrès américains n’augurerait en effet rien de bon pour le redressement budgétaire des États-Unis. Encore un nuage noir à l’horizon.
Y a-t-il des zones d’éclaircies plus larges ? Certainement. Les obligations d’entreprises américaines à haut rendement sont clairement bon marché : le marché est exagérément négatif quant à l’évolution économique. Par ailleurs, les États-Unis ne retomberont pas en récession et le taux directeur reste extrêmement bas, ce qui limite le nombre de défauts de paiement. En outre, les obligations émergentes, et plus particulièrement les obligations d’entreprises émergentes, sont attrayantes. Elles offrent des rendements nettement supérieurs aux obligations occidentales de qualité similaire. Si vous achetez en monnaie locale, vous profitez du potentiel d’appréciation des devises qui ont récemment souffert du regain d’aversion pour le risque. Enfin, il ne faut pas négliger les actions émergentes. Il est vrai que la croissance de la région ralentit aussi (comme en Chine, en Inde et au Brésil) mais cette baisse de régime permet d’assouplir la politique monétaire. En outre, la croissance restera néanmoins robuste et le rapport cours/bénéfices relatif a encore baissé par rapport à celui des marchés occidentaux (la baisse est encore plus importante que d’habitude). Lorsque le temps est incertain, les vacanciers se pressent de réserver un vol vers une destination lointaine. Au pays de l’investissement, il convient clairement d’envisager aussi cette possibilité.
William De Vijlder
Chief Investment Officer, Stratégie & Partenaires, BNP Paribas Investment Partners
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