La semaine dernière a été placée sous le signe de deux « mots en R » : référendum et récession. L’annonce d’un éventuel référendum en Grèce sur une question encore à formuler a fait l’effet d’une bombe. Quelques semaines auparavant, le site Internet de Bloomberg avait déjà lancé une annonce similaire qu’Athènes avait démentie le lendemain. Cette fois, l’intention était claire, du moins pendant quelques jours. L’ampleur de la réaction des marchés était à la hauteur de la nouvelle incertitude : la question porterait-elle sur le statut de la Grèce dans la zone euro, un sujet encore tabou voici peu ? Difficile de ne pas imaginer les débats médiatiques interminables entre les « pour » et les « contre » qui rappelleraient les débats télévisés organisés dans les années ’90 en vue de la consultation populaire sur l’approbation, ou le rejet, du Traité de Maastricht. Ces débats « maastrichtiens » ne seraient pourtant que de la petite bière par rapport au sujet du référendum grec. La deuxième source d’incertitude concernait naturellement les répercussions au cas où le peuple grec répondrait non » à la question : « la Grèce doit-elle rester dans la zone euro ? ». Enfin, la troisième incertitude pouvait se résumer comme suit : « Des appels à la tenue d’un référendum seraient-ils lancés dans d’autres pays ? ».
Quel soulagement ce jeudi donc lorsque l’idée du référendum en Grèce fut écartée. Le mot commun à cette histoire est naturellement l’« incertitude ». A ce sujet, j’ai lu récemment un article intéressant du FMI intitulé The uncertainty channel of contagion. Les auteurs montrent que l’incertitude aussi peut engendrer la contagion, indépendamment des autres vecteurs, classiques, de contamination. Les vecteurs classiques sont notamment les relations commerciales (les partenaires commerciaux d’un pays en mauvaise posture seront « contaminés ») ou des « symptômes similaires » (les pays qui sont frappés de la même maladie feront l’objet de pressions spéculatives). L’incertitude constitue un tout nouveau vecteur : les surprises sur l’état de santé d’un pays font semer le doute quant à l’exactitude des analyses concernant les autres pays, et ces doutes suffisent à propager la contagion à ces autres pays. Dit autrement : les investisseurs ne voulant pas faire la même erreur, ils privilégient la sécurité. En conséquence, les cours des actions et des obligations chutent. La cause sous-jacente est l’augmentation de l’incertitude.
Le second « mot en R » est : récession. Ici, l’incertitude est inexistante, du moins selon les propos du président de la BCE, Mario Draghi, qui, lors de sa conférence de presse de jeudi dernier, a parlé d’une légère récession dans la zone euro. L’investisseur devrait apprécier cette clarté, du moins en raison de la visibilité qu’elle donne sur l’évolution des taux d’intérêt : à la baisse.
William De Vijlder
Le 8 novembre 2011
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