Paris, le 19 juillet 2011. Au lieu de partir à la recherche d’un restaurant dans les alentours de mon bureau, je choisis de manger dans ma chambre d’hôtel. J’aurais mieux fait de m’abstenir : mon filet de poulet à la crème semblait à peine sorti du congélateur et servi après un (trop) rapide passage au four à micro-ondes… Qu’à cela ne tienne, je n’ai qu’à regarder la télévision pour oublier ce qui garnit mon assiette. Tout en zappant, je tombe sur une chaîne française qui parle de la zone euro. « Où peut-on investir son argent en toute sécurité en cette période où l’euro est mis sous pression ? » (nous sommes à deux jours du sommet européen du 21 juillet). Un sujet qui me donne l’eau à la bouche ! Mais qu’en disent-ils justement ? Le journaliste affirme, l’air de rien, que l’investissement le plus sûr aujourd’hui n’est autre que l’or… Je manque de m’étrangler avec un morceau de poulet tellement je suis abasourdi ! Laissez-moi vous expliquer. Il ressort du graphique ci-dessous qu’il existe bel et bien un lien entre les tensions en zone euro (représentées par l’écart de taux entre les obligations grecques et allemandes) et le cours de l’or en euros.
En cas de grande incertitude, les investisseurs se rabattent sur des actifs qu'ils estiment sûrs, parmi lesquels l’or. Cette réaction se justifie en un certain sens : ils trouveront en effet toujours bien quelqu’un dans le monde qui sera prêt à leur offrir quelque chose en échange de leur or. L’or joue donc le rôle de « réserve de pouvoir d'achat ». Un rôle que pourraient également jouer des peintures, antiquités ou autres bouteilles de vin si elles n’étaient pas aussi difficiles à transporter et ne dépendaient pas autant des goûts et couleurs de chacun. Essayez donc de refourguer un bon Bordeaux à un fanatique de Bourgogne ! Si l’or ne pose guère ce genre de problèmes, il n’en est pas pour autant une valeur sûre car son cours peut fortement fluctuer. Pour preuve : entre 1990 et 2008, la volatilité annuelle de l’or en euros (et avant cela en marks allemands) s’élevait à 14 % et, depuis 2008, elle a grimpé à 18 %. Ne nous voilons donc pas la face, cette volatilité est très proche de celle des actions. L’or a enregistré sa plus mauvaise performance en mars 1980, avec un recul de 14,5 %. Vous avez dit « valeur refuge » ? Mais alors pourquoi autant de personnes, parmi lesquelles le journaliste de cette chaîne française, partent-elles du principe que l'or est une valeur sûre ? Tout d’abord, pour la raison évoquée plus haut, à savoir que ce métal est une réserve de pouvoir d’achat (« on vous en offrira toujours bien quelque chose »). Ensuite car des tensions (la géopolitique, la zone euro, le plafond de la dette américaine, etc.) ont toujours entraîné une hausse du cours de l'or. La personne qui investit dans l’or considère donc que ces tensions vont encore s’intensifier. Il ne faut cependant pas oublier qu’il est quasi impossible de définir la valeur intrinsèque de l’or. En effet, quels sont les éléments déjà intégrés dans les cours ? J’ai récemment consulté l’épais rapport d’une étude menée à ce sujet. Il comprenait certes de nombreuses analyses statistiques mais il en concluait que toutes ces données ne permettent pas de chiffrer la valeur fondamentale de l'or. Tout ceci ne doit pas vous empêcher d’y investir si vous le souhaitez, à conditions de bien avoir à l’œil les facteurs qui déterminent son cours, et surtout de définir à l'avance à quel moment vous reprendrez vos billes si le cours ne répondait pas à vos attentes.
William De Vijlder
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