Depuis longtemps, ma femme et moi prenons nos congés début août. Nous évitons ainsi de nous soucier des prévisions météo (« le soleil sera-t-il au rendez-vous plutôt en juillet ou en août ? ») et quand le temps est moins clément après un beau mois de juillet, nous pouvons toujours nous consoler en nous disant qu’il fera meilleur l’année suivante. Hasard du calendrier ou non, les marchés financiers sont souvent plus nerveux au mois d’août qu’au mois de juillet. Je vous l’accorde, la crise asiatique a commencé en juillet 1997, mais hormis ce cas, la liste pour le mois d’août est bien remplie. Je me souviens d’août 1998: nous étions en voyage dans le Kent et la Russie venait de décider de ne pas respecter ses obligations concernant sa dette étrangère. L’année 2007 a aussi été particulière. Il nous a semblé assister à un début de tempête qui n'a pris de l'ampleur qu'en août 2008 (sans parler de septembre). L’année 2010 était placée sous le signe de la crainte d'un « double creux » aux États-Unis...et il en va de même en 2011. Voici donc revenu le temps des vacances. Je vous dévoilerez donc à cette occasion quelques passages du « journal » de mes vacances à la côte belge.
Vendredi 5 août. Nous avons mangé tard le midi. Les Bourses sont déjà en baisse depuis le début de la semaine et les chiffres de l’emploi doivent encore être publiés ! Il est 14h30 et je suis la publication des chiffres sur Internet. Ouf! Ils ne sont certes pas brillants mais ils correspondent au moins aux prévisions du consensus. Le soleil brille : il est l’heure de se rendre à la plage.
Samedi 6 août. En route pour quelques achats à Bruges. Les journaux à la radio analysent en long et en large la baisse de notation de la dette américaine. Ce n’est pas une surprise mais il s’agit quand même d’une nouvelle importante.
Mardi 9 août. Nous buvons un café à la boulangerie « Le Pain Quotidien » à Gand. Une personne qui connaît vraisemblablement ma profession m’interpelle et me dit: « ce qui baisse aussi fort finira tant bien que mal par remonter ». Je la remercie de ses encouragements alors que nous avons rarement observé une combinaison d’autant de facteurs préoccupants (crise de la zone euro, crise budgétaire américaine, chiffres économiques médiocres) en l’espace d’une semaine. Je songe alors au « lundi noir » du 19 octobre 1987, lorsque le gigantesque krach boursier a été précédé par une semaine folle (dans le sens négatif).
Jeudi 11 août. Nous visitons une bourse d’art et d’antiquités. Un négociant en peinture a un laptop ouvert en face de lui. Les nombres clignotent sur son écran, souvent en vert, parfois en rouge. Il ne s’agit pas de prix de tableaux, mais bien de cours boursiers. Un graphique montre aussi une forte baisse suivie d’une solide hausse. La tentation est grande de lui demander de quelle action il s'agit. Le stand opposé présente des peintures modernes mais surtout des sculptures en bronze. L’artiste ne réalise que des bronzes représentant un ours: endormi sur un tronc d'arbre, observant l'horizon, en position assise, etc. Les taureaux n’ont clairement pas la cote, même dans le monde artistique.
Vendredi 12 août. Solide rebond boursier après l’introduction des contraintes sur les « ventes à découvert » des actions. Voilà qui semble bien beau en apparence, mais d’un point de vue fondamental, rien n'a changé et les marchés financier attendent toujours de savoir comment les pays de la zone euro parviendront à rompre le cercle vicieux « d’un taux élevé en raison du scepticisme quant à l’assainissement de leur dette publique mais ce taux élevé rend cette tâche considérablement difficile, ce qui suscite le scepticisme de investisseurs » (et nous continuons ainsi de tourner en rond). Par ailleurs, vu la faiblesse des chiffres aux États-Unis, il est clair que le pèlerinage de Ben Bernanke à Jackson Hole au cours de la dernière semaine du mois d’août sera suivi avec attention. Comparativement à l’année dernière, une déception est à prévoir.
Mercredi 17 août. Je suis à la moitié du livre Lords of Finance – The Bankers Who Broke the World. Plus de 500 pages de lecture passionnante datant de 2009 qui relatent les développements économiques et plus particulièrement la politique (réussites et échecs) de l’entre-deux-guerres. Je le recommande donc vivement, ne fût-ce que pour les parallèles à tirer avec la situation actuelle. Nous avions à l’époque, d’un côté l’Europe, qui croulait sous le poids des dettes, et de l’autre l’Amérique, en tant que nouvelle puissance économique. Observez la situation actuelle entre l’Occident et la Chine. Les vagues de spéculation décrites alors s’appliquent aussi aujourd’hui.
Le meilleur chapitre jusqu’à présent porte sur le plan Dawes, d’après le nom du banquier américain Charles Dawes. Le lecteur est tiraillé entre l'admiration et l'étonnement. La mission semble impossible : au début des années vingt, l’Allemagne était un pays politiquement instable, plombé par l’hyperinflation et une énorme dette de reconstruction. Après de nombreuses semaines de négociation, le plan Dawes est parvenu à créer un cadre assurant le retour des capitaux étrangers et la stabilisation du mark. Les principaux éléments de ce cadre étaient la mise à disposition d'une première « tranche » de capital étranger et un contrôle étranger sur la destination des revenus fiscaux. Déjà à cette époque, tout se résumait à la crédibilité des engagements économiques.
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