Les investisseurs en quête de sombres nouvelles ces dernières semaines ont été gâtés : crise de la zone euro, saga relative au plafond de la dette américaine, faiblesse des statistiques macro-économiques, inquiétudes quant à la dette publique locale en Chine, résultats des entreprises, etc. La révision à la baisse de la notation américaine par S&P a tendu les nerfs des investisseurs à l’extrême.
Sur le front macro-économique, les nouvelles en provenance des États-Unis ont en effet déçu car non seulement les chiffres suggèrent un ralentissement mais les prévisions du consensus ne se sont de surcroît pas concrétisées. Le graphique ci-dessous illustre cette situation :
Graphique 1
Il y a environ six mois, nous nous trouvions encore dans le quadrant supérieur droit. Depuis lors, la ligne rouge est descendue dans le quadrant inférieur gauche (données jusqu’à fin juillet). Les points montrent un lien positif distinct entre l’évolution des statistiques macro-économiques et les surprises : la dégradation des données tend à aller de pair avec des surprises négatives pénalisant ainsi doublement les investisseurs : non seulement les statistiques sont mauvaises, mais elles sont en plus étonnamment mauvaises. Nous serions tentés d’en conclure que les économistes s’efforcent de « rattraper la réalité » au moment de formuler leurs prévisions.
Autre point notable du graphique 1: le niveau assez extrême que nous avons à présent atteint. Une série d'observations où « le niveau actuel est inférieur au niveau précédent » implique un ralentissement cumulé significatif. Le fait d’atteindre un niveau extrême suggérerait que les données futures pourraient refléter un rebond ou du moins une stabilisation. Une série d'observations où « le niveau publié est inférieur aux prévisions du consensus » implique que le nombre cumulé de surprises négatives devient important. D’aucuns seraient tentés de penser que les prévisionnistes finiraient par adapter suffisamment leurs prévisions de sorte que la probabilité d’avoir autant de surprises négatives diminuerait avec le temps.
Ce point est important du point de vue de la psychologie du marché. Les marchés sont guidés par l’actualité et l’énième confirmation de la gravité de la situation ne sera guère informative (« pas de nouvelles dans les nouvelles »). Historiquement, il existe un lien entre les surprises économiques (d'essentiellement négatives à progressivement positives) et la performance des marchés d'actions. Ce lien est illustré au graphique 2 qui utilise l'indice de surprises économiques « Citi » (au graphique 1, nous utilisions notre propre indice).
Graphique 2
Le graphique 3 montre le comportement de l’indice S&P500 dans les 30 jours qui suivent un plancher local au sein de l’indice de surprises Citi (les valeurs plancher de cet indice sont également illustrées).
Graphique 3
Comme vous pouvez le constater, dans un grand nombre de cas, les marchés d’actions se sont redressés une fois le plancher atteint, bien que les hausses apparaissent plus disparates dans la partie la plus récente de la fenêtre d’observation. Le tableau ci-après donne plus de détails. Les observations sont classées sur la base de la valeur au creux de l’indice de surprises en commençant par la valeur mathématiquement la plus faible.
Il ressort de ces 12 observations que deux d’entre elles ont été clairement négatives (octobre 2007 et décembre 2008). Le mois de décembre 2008 était en réalité positif depuis un certain temps avant de chuter brutalement (voir graphique 2). Les autres observations affichent des performances plutôt positives. Pour donner un ordre de grandeur, le tableau ci-dessus montre le nombre de jours que l’indice S&P500 a passé en territoire positif après la date du creux enregistré par l’indice de surprises. Les chiffres sont surprenants. En combinant les douze fenêtres, il s’avère que le marché a été en hausse comparativement à la valeur au moment du creux dans 73% des 360 (12*30) jours…
Que signifie cette constatation dans la pratique?
1. cet outil de timing de marché est loin d’être infaillible: les marchés sont influencés par un grand nombre de facteurs qui envoient souvent des signaux contradictoires. A l’heure actuelle, ce sont plutôt la psychologie des investisseurs et les décisions en matière de politique économique (BCE, Réserve fédérale, gouvernements) qui dominent les données macroéconomiques
2. en observant exclusivement les données économiques, les résultats indiquent que lorsque l’indice de surprises a atteint un faible niveau, l’indice S&P500 a tendance à se négocier à un niveau plus élevé dans les semaines qui suivent
3. compte tenu de ces constatations, l’investisseur qui recherche actuellement à vendre le marché sur la base des données économiques devrait évaluer son degré de conviction sur la poursuite ou non du flux de surprises négatives, d’autant plus en considérant le niveau déjà bas de l’indice de surprises (graphiques 1 et 2).
William De Vijlder
Chief Investment Officer, Strategy and Partners
BNP Paribas Investment Partners
Le 8 août 2011
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