(Article publié dans le magazine Moneytalk du 30 juin 2011)
Cette scène a quelque chose de surréaliste. Alors que les Finlandais célèbrent la nuit de la Saint-Jean et que les rues de France sont noires de monde à l’occasion de la Fête de la musique, Athènes connaît aussi son rassemblement populaire. Nous sommes le 21 juin aujourd’hui, le soir tombe. Dans ma chambre d’hôtel à Genève, je regarde les programmes de CNBC depuis plus d’une heure.
La soirée est sans aucun doute chaude à Athènes, au propre (la journaliste de CNBC porte un polo) comme au figuré, car des milliers de gens sont contenus par la police anti-émeute devant le Parlement pendant que des rayons laser projettent sur les murs du bâtiment le mot « voleurs ». Dans le même temps et à intervalles réguliers sont diffusées des images du Premier ministre Papandreou qui tente de convaincre le Parlement.
Le vote commence à 23h24. Les parlementaires gardent leur calme. Point de bouton pour enregistrer son vote : l’appel des noms dure une éternité. Quel suspense ! Le « non » aurait des conséquences tellement graves que les marchés financiers refusent d’envisager ce scénario : les Bourses et l’euro ont d’ailleurs déjà fortement progressé aujourd’hui.
Le programme télévisé vaut la peine de s’y intéresser. Un des participants au débat dans le studio américain compare le sauvetage de la Grèce au Bear Stearns moment en mars 2008 (comprenez : « d’aucuns pensaient que le système était sauvé mais Lehman restait à venir »). Une comparaison somme toute pessimiste (et exagérée).
Une autre personne lance la réflexion suivante : « Aux États-Unis aussi, nous devons organiser un vote le 2 août, sur le relèvement du plafond de la dette ». Bien que tous s’accorde à dire que ce relèvement aura lieu, le vote ne se passera pas sans heurts. Décidément, l’été s’annonce passionnant.
La journaliste vedette Maria Bartiromo a organisé un petit sondage auprès des téléspectateurs en réponse à la prévision de l’éminent économiste David Rosenberg qui déclare qu’à une probabilité de 99%, les États-Unis retomberont en récession l’année prochaine. Résultat de l’enquête : oui 52%, non 48%. Une courte majorité, qui inquiète quelque peu. Et difficile à comprendre : certes, les chiffres économiques ont été très décevants mais je ne vois pas directement ce qui pourrait faire replonger les États-Unis en récession : les entreprises réalisent de plantureux bénéfices et leurs bilans sont sains ; le taux réel est négatif ; la crainte d’un choc pétrolier est quelque peu retombée ; et le reste de l’économie mondiale continue de croître.
La remarque la plus appropriée de la soirée est venue d’un invité en studio : en septembre 2008, le rejet du programme Tarp 1 (qui avait pour objectif d’acheter des actifs illiquides afin de soutenir le système bancaire) par le Congrès américain a déclenché une chute boursière. Quelque temps après, le plan Tarp 2 était approuvé, mais le marché a replongé. Il y avait donc quelque chose de plus en jeu. Aujourd’hui aussi, les enjeux sont nombreux : la Grèce, l’inflation en Chine, les résultats des entreprises américaines en août, la crainte d’un ralentissement de la croissance aux États-Unis. L’investisseur ne doit pas s’attendre à un feu d’artifice boursier cet été.
23h51. Papandreou a remporté le vote de confiance ; le calme revient sur la place devant le Parlement et l’euro recule face au dollar : « achetez la rumeur, vendez la nouvelle ». Il est l’heure de se coucher.
William De Vijlder
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