A la fin de chaque récession, on se lance dans la discussion de savoir quelle forme va prendre le redressement. S'agira-t-il d'un redressement en V, caractérisant une sortie rapide du gouffre par l'économie ? Ou en U, caractérisant une économie qui tarde davantage à décoller ? Ou encore en L, caractérisant l'absence totale de redressement, un scénario à la japonaise donc ? Et pourquoi pas en W, ce qui traduit qu'après une reprise de courte durée, on assiste à une nouvelle période de repli ? C'est précisément cette dernière théorie, souvent appelée aussi « double dip », qui a gagné en popularité ces dernières semaines.
Commençons par préciser que les « double dips » sont rares. Après une récession, plusieurs processus se renforçant mutuellement se mettent en place pour conduire à un redressement durable. Selon le National Bureau of Economic Research - l'arbitre des récessions aux Etats-Unis -, parmi toutes les récessions qui ont frappé les Etats-Unis depuis 1900, seules deux peuvent être considérées comme des « double dips ». Les récessions de 1913-1914 n'ont suivi la récession précédente que de douze mois. Il en va de même pour la récession de 1981-1982. Sur un total de 23 récessions depuis 1900, ce n'est donc pas énorme. A noter, en outre, que le « double dip » des années quatre-vingt était clairement «man made ». Le président de la Banque centrale américaine de l'époque a fait grimper les taux jusqu'à près de 20 % afin de lutter contre l'inflation qui avait grimpé au delà des 10 %. Il suffit de comparer avec le taux actuel d'environ 0 % aux Etats-Unis et d'1 % dans la zone euro. Le durcissement de la politique fiscale peut également donner lieu à une nouvelle récession, bien que j'aie montré dans une précédente tribune que les conséquences à long terme étaient incertaines et pas forcément négatives. Il n'est pas encore question de durcissement de la politique fiscale aux Etats-Unis, mais à la suite des élections pour le Congrès en novembre, une décision devra quoi qu'il en soit être prise à propos des diminutions d'impôts que le Président Bush avait introduites et qui prendront fin le 1er janvier 2011. L'absence de réaction sera dans ce cas synonyme d'une forte hausse des impôts.
Cependant, de nombreuses statistiques économiques s'avèrent très décevantes ces dernières semaines aux Etats-Unis. Le marché des maisons s'est replié après un coup de fouet fiscal temporaire.Les dépenses de consommation ont fortement augmenté au début de l'année, mais cette croissance est à présent fortement ralentie par le taux de chômage élevé et une progression modérée des revenus.L'image est la même pour le marché de l'emploi : une forte croissance des emplois plus tôt dans l'année suivie par des chiffres décevants ces trois derniers mois. Les entreprises affichent de beaux bénéfices et investissent, mais conservent aussi d'énormes quantités de cash et se montrent très réservées quand il s'agit d'engager du personnel. La confiance des consommateurs, constructeurs de maisons et chefs de PME est encore bien faible. La confiance des chefs de grandes entreprises, qui ont le plus profité du redémarrage de l'industrie et du commerce mondial, est retombée. Ces dernières semaines, les nouvelles demandes d'allocations de chômage ont encore augmenté.
Les Etats-Unis sont-ils en route vers un « double dip » ? Je ne le pense pas. Répétons-le encore, les «double dips » sont rares et sont souvent la conséquence d'une mauvaise gestion. Pour indiquer véritablement une nouvelle récession, les indicateurs devraient encore baisser bien plus que ce n'est le cas actuellement. Les entreprises ont déjà licencié tant de collaborateurs et elles ont déjà tellement réduit leurs investissements pendant la récession, que d'autres baisses semblent peu probables. On ne construit presque plus de maisons neuves, donc il semble improbable également que l'on puisse parler de fortes diminutions dans ce secteur. Je pense toutefois que nous nous trouvons à l'aube d'une période de chiffres de croissance faibles. Les traces de la crise des crédits sont toujours visibles sur l'économie. En termes d'investissements, cela signifie que la prudence est de mise. Dans la perspective de cette faible croissance au second semestre de l'année, nous avons progressivement revu à la baisse
notre allocation dans les placements à risques ces derniers mois.
William De Vijlder Global Chief Investment Officer,
Partners en Alternative Investments
BNP Paribas Investment Partners
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