La réaction aux statistiques économiques récentes illustre parfaitement ce propos. Nous craignions il y a quelques mois que la Chine surchaufferait, mais au vu du ralentissement et de son caractère de plus en plus prononcé, nous nourrissons à présent des craintes que le refroidissement soit suivi d’une période carrément glaciale. Aux États-Unis, une « paranoïa du double creux » s’est d’ailleurs développée en réaction aux chiffres des indices ISM et aux données d’emploi plus faibles du début du mois. Il est vrai que le marché du travail a déçu, mais c’est aller un peu vite en besogne que de conclure que nous sommes en route vers un recul dans une récession (la définition même d’un « double creux »). A fortiori pour l’indice ISM. Ce dernier reflète en effet le sentiment des directeurs d’achat et présente la qualité statistique particulièrement intéressante de revenir toujours à la moyenne : les pics de valeur sont suivis par des données plus faibles et, inversement, les performances moins bonnes laissent ensuite la place à des chiffres plus forts, faisant apparaître un « électrocardiogramme » économique. Le graphique n 1 illustre bien cette idée.
Graphique n°1
Source : BNP Paribas Investment Partners
Il faut en effet remonter au début des années 80 : le double creux à cette époque avait été causé par la politique anti-inflation de Paul Volcker.
Les Bourses ne prêtent que peu d’attention à toutes ces informations. Historiquement, cependant, il se trouve que les évolutions de l’indice ISM montrent une étroite corrélation avec l’évolution des cours boursiers. Les graphiques n°2 et 3 illustrent ce phénomène en présentant le lien entre l’évolution cumulative de l’indice ISM et celle de l’indice S&P sur les trois/six derniers mois respectivement.
Graphique n°2
Source : BNP Paribas Investment Partners
Graphique n°3
Source : BNP Paribas Investment Partners
Cette corrélation saute aux yeux et le message adressé aux investisseurs en actions qui font du market timing est clair : garder la dynamique de l’ISM à l’œil. En effet, une dynamique baissière à un moment va de pair avec un recul des cours boursiers. Ce recul n’implique néanmoins pas nécessairement une tendance baissière. Regardez le graphique n 4 : dans cinq des huit cas, la Bourse s’établit au même niveau ou au-delà du pic de l’indice ISM quatre mois après.
Graphique n°4
Source : BNP Paribas Investment Partners
Une autre manière d’analyser ces données est la suivante. L’entame d’une tendance baissière de l’indice ISM est une nouvelle importante pour l’investisseur : la météo du marché passe en effet de « beau temps » à « risque d’orage », les informations nouvelles étant défavorables. Généralement, cette situation entraîne une baisse des taux mais, après la première réaction qui au final ne dure pas trop longtemps, cette nouvelle est déjà intégrée dans les cours et l’on se tourne vers de nouvelles informations pour prendre la bonne direction.
Cette propension à des changements rapides de direction, soutenue par un scénario de « double creux » et qui ne repose jusqu’à présent sur aucune base solide, reflète combien la crainte est grande que la reprise toute entière repose sur une base plus branlante qu’on le pense. L’aversion pour le risque reste structurellement élevée.
William De Vijlder
15 juillet 2010
Cher Monsieur De Vijlder,
Ne vous paraît-il pas singulier de voir tant de vos collègues (professionnels de la finance) tomber dans la trappe béante de la FINANCE COMPORTEMENTALE? Puis - à l'évidence - d'en subir les phénomènes que sous-tend cette "science humaine" si peu étudiée par les investisseurs?
A moins que les mêmes "professionnels" le sachent (de manière empirique?), que leur pratique comportementale d'aujourd'hui s'est systématisée via l'usage intensif de l'A.T. Cette dernière technique (une somme de recettes codifiées?) engendrant alors des mimétismes comportementaux qui s'avèrent préjudiciables à ce qu'on espèrerait être une "saine gestion d'actifs"?
Sans être financier (mais ingénieur et économiste d'entreprise), je réfléchis à ces distorsions depuis des années. Peu de mes amis semblent partager cette opinion. Qu'en penser?
Merci d'y consacrer une réflexion.
Rédigé par : E. Simon | 19/07/2010 à 18:24