1. Les mesures prises par le gouvernement allemand sur la vente à découvert à nu ont été mal accueillies par les investisseurs.
Primo, les négociations ont mis en exergue le manque de cohésion au sein des partenaires européens, alors que les investisseurs attendent précisément une réponse européenne commune pour lutter contre la crise.
Secundo, les marchés craignent que les mesures aient été prises en anticipation d’autres nouvelles négatives (telle a été en tout cas l’interprétation du marché concernant l’interdiction de la vente à découvert à nu d’actions bancaires).
Ces deux facteurs ont engendré une fuite des investisseurs vers des placements plus sûrs.
2. Les acteurs de marché se rendent de plus en plus compte de l’impact des mesures à adopter afin d’assainir les finances publiques et de maîtriser la spirale d’endettement sur la croissance économique dans la zone euro, dans l’UE et dans d’autres régions du monde. En effet, un ralentissement de la croissance de la zone euro plombe la dynamique de croissance des autres partenaires commerciaux sur la scène mondiale, a fortiori si les taux de change fluctuent sensiblement, comme dans le cas de l’affaiblissement de l’euro.
3. La perception d’une certaine accélération dans le processus de resserrement de la réglementation (Allemagne, États-Unis) constitue un facteur supplémentaire de préjudice pour la confiance.
4. Pour l’heure, les données ponctuelles en provenance des États-Unis (la baisse inattendue de l’indice des indicateurs avancés) alimentent le sentiment d’un ralentissement de la dynamique de la croissance. Certains analystes jugent un double creux plus probable mais il ne s’agit fort heureusement pas encore du scénario de base.
5. Pour le reste, nous avons observé la tendance traditionnelle de la hausse des corrélations, où une classe d’actifs confirme et renforce l’évolution d’une autre. Les Bourses occidentales piquent du nez, les pays émergents font l’objet de prises de bénéfices, un courant vendeur frappe le dollar australien et les positions courtes sur l’euro sont clôturées. Le mouvement inverse pourrait se produire lorsque les investisseurs reprendront confiance.
Prévisions à court terme
1. L’évolution des marchés continuera à être dictée en grande partie par la confiance, car il faudra attendre début juin avant la publication des prochaines statistiques macroéconomiques importantes, à savoir celles de l’emploi aux États-Unis.
2. Vu l’ampleur de la correction, nous pouvons petit à petit commencer à parler de réaction disproportionnée qui devrait être suivie d’une stabilisation en dépit d’un contexte très volatil.
3. Cette forte volatilité sera alimentée par le spectre de mauvaises nouvelles (sur le plan macroéconomique ou des entreprises) et d’autres éléments inattendus (déclarations politiques par exemple ou interventions sur le marché des changes, sur lesquelles ont circulé des rumeurs en début de semaine).
Le contexte au sens large
1. Le thème dominant sur le plan économique est le suivant: "l’économie mondiale entre-t-elle dans une phase de ralentissement de la croissance?". Nous savons d’une part que l’assainissement budgétaire et la hausse des impôts dans les prochaines années pèseront sur la croissance. D’autre part, la politique monétaire en Europe et aux États-Unis restera inchangée pour une période prolongée, et la pentification des courbes de taux soutiendra la rentabilité des banques et donc l’offre de crédit.
2. Nous vivons dans un monde à deux vitesses: n’oublions donc pas que les pays émergents se portent toujours bien sur le plan économique, ce qui est positif pour le reste du monde.
3. La question-clé est de savoir si la hausse de la volatilité et le repli des marchés décourageront les entrepreneurs et les ménages à prendre des risques et à dépenser davantage. En conséquence, les indicateurs tels que l’ISM, l’IFO et l’indice de confiance des consommateurs seront suivis avec beaucoup d’attention. Si ces indicateurs restent bien orientés, les marchés rebondiront. En attendant, il faut espérer que la réaction exagérée des marchés sera rapidement suivie d’une stabilisation.
4. Une volatilité accrue et le sentiment que les Bourses peuvent évoluer aussi bien à la hausse qu’à la baisse à court terme justifient une attitude attentiste.
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