Ferrari se met au vert! Quelle ne fut pas ma surprise en voyant hier la nouvelle Ferrari écologique en première page du Financial Times. Le constructeur italien a voulu ainsi souligner son sérieux en matière de réduction des émissions de CO2 de ses véhicules par l’introduction de la « HY-KERS ». Le FT n’a pas mentionné à quoi se référait « HY » (j’imagine qu’il ne s’agit pas de high yield (haut rendement) ni que « HY-KERS » soit un jeu de mot avec hikers – je présume que la conduite d’une Ferrari ne correspond pas vraiment à une promenade de campagne) mais je suppose qu’il se réfère à « hybride », à savoir la combinaison d’un moteur à combustible classique et d’un système permettant de réutiliser l’énergie libérée lors du freinage. Ce système KERS (Kinetic Energy Recovery System) a été utilisé l’année dernière dans les courses de F1 et a joué des tours aux pilotes car il rendait les voitures plus capricieuses.
La tentation est grande d’opérer une analogie avec le récent phénomène économique accumulant aussi une grande quantité d’énergie cinétique. Je m’explique. Après les vagues de spéculation dont ont été victimes les obligations grecques, le Royaume-Uni semble être la prochaine cible: aux yeux des investisseurs, l’intention des Grecs de prendre les mesures budgétaires qui s’imposent et l’intervention potentielle de la France et de l’Allemagne ne peuvent que les inciter à plier bagage et à recherche de nouvelles opportunités de rendements solides à court terme. Qui est donc à présent le cancre de la classe ? Réponse : le Royaume-Uni. L’économie du pays est dans l’impasse et les sondages relatifs aux prochaines élections semblent privilégier un gouvernement de minorité, dès lors propice à l'immobilisme politique. Voilà qui n’est pas idéal pour remédier au déficit budgétaire et justifie la vente de livres sterling.
Quel est donc le lien avec le système KERS? Le voici: la dépréciation de la livre induit une accumulation progressive « d’énergie » qui se traduit par un accroissement de la compétitivité. Après une période normale de ralentissement (les exportations ne réagissent pas immédiatement), l’activité trouvera finalement un second souffle, en espérant que ce redressement se passe sans trop de « caprices » car le « pilote » Mervyn King de la Banque d’Angleterre aura alors bien des difficultés à garder le véhicule sous contrôle, c.-à-d. à éviter une poussée inflationniste.
Le marché des actions a déjà bien compris la situation: la Bourse britannique a en effet quasiment atteint son point le plus haut depuis 18 mois. Il suffit de comparer avec le Dow Jones Eurostoxx… Cette éventualité n’a pas non plus échappé à Charles Dumas de Lombard Street Research qui a écrit un article dans le Financial Times selon lequel le gouvernement britannique ferait mieux de ne pas durcir trop vite sa politique au risque d’entraîner une vive appréciation de la livre. En d’autres termes, continuer de jouer les cancres pourra vous rapporter gros.
Que doit en conclure l’investisseur? D’une part, une monnaie en perte de vitesse combinée à une inflation faible s’avérera à terme bénéfique pour les bénéfices des entreprises au travers d’une meilleure croissance économique. Cette information peut vous aider au moment de constituer l’allocation géographique de votre portefeuille. D’autre part, ne nos plaignons pas de voir la monnaie unique pâtir des mésaventures budgétaires de la zone euro. L’énergie cinétique produira là aussi à terme ses effets.
William De Vijlder
3 mars 2010
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