La semaine dernière, j’ai dû me rendre à un séminaire à Copenhague, une ville au style de très bon goût avec un accent prononcé pour l’écologie qui s’est avérée particulièrement agréable malgré les chutes de neige. L’échec du sommet sur le climat n’aura en tout cas pas fait les affaires de cette ville. Le vol SAS vers Copenhague a réservé d’agréables surprises: peu de voyageurs et donc un grand espace pour les jambes, ainsi qu’un snack léger « gratuit » en classe économique. Dans le vol du retour, ce snack était à nouveau payant, comprenne qui pourra. De l’autre côté du couloir, se trouvaient deux Danois un peu plus âgés. Ils avaient compris le système: ils demandaient chacun une bouteille de vin pour le dîner et en demandaient à nouveau une après sous le prétexte que « c’est gratuit ». Je m’en suis tenu à l’eau car je devais rattraper un retard important dans la lecture des journaux et des rapports de recherche relatifs à la Grèce. Depuis lors, ma farde de coupures de presse s’est encore épaissie et contient à présent une collection particulièrement fournie d’articles d’opinion.
Le prix de l’originalité revient à Christian Saint-Etienne, un professeur français du Conservatoire National des Arts et Métiers et de l’université Paris-Dauphine qui a publié un article dans la rubrique « scénario fiction » du Figaro Magazine du week-end dernier. Il y fait un bond dans le temps et décrit comment la zone euro se scinde le 10 octobre 2010 en deux zones monétaires: l’euro-mark au nord et l’euro-franc au sud, ou encore, comment l’Allemagne et la France se partagent l’hégémonie économique de l’Europe. Il convient de souligner que l’auteur cherche dans son article à mettre en évidence les défauts dans le développement de la zone euro (« scénario fiction » ne signifie pas « prévision »), mais il s’y prend de façon très originale. Néanmoins, le lecteur reste sur sa faim car l’auteur n’a pas osé se prononcer sur l’ampleur de la dépréciation de l’euro-franc par rapport à l’euro-mark…
Soyons clairs: un tel éclatement de l’union monétaire est exclu, ne fût-ce que parce que rien n’est prévu dans le traité fondateur de l’Union concernant les pays qui quitteraient l’union monétaire. Cette situation rappelle les paroles du hit « Hotel California » dans les années ’70: « you can check out any time you want but you can never leave » (vous pouvez retirer vos billes quand vous voulez mais vous ne pouvez jamais quitter la table.). Actuellement, l’Europe ne donne pas une image aussi ensoleillée et plaisante que la Californie mais plutôt celle d’une région accablée par les dettes. Le « check-out » n’est par ailleurs pas une option car les marchés font pression sur les autorités pour qu’elles remettent un peu d’ordre dans leurs affaires. La Grèce est donc le premier pays de la liste à faire l’objet de mesures drastiques et d’une mise sous tutelle mais d’autres suivront. Si quelqu’un pense encore que l’Économie est une science ennuyeuse (on ne sait jamais), cette personne changera certainement d’avis avec l’actuelle crise de la zone euro car nous avons rarement pu observer une telle combinaison d’illustrations concrètes de concepts jusqu’ici purement théoriques. Un bref aperçu: 1) la théorie des jeux (Jusqu’où les Grecs devront-ils se serrer la ceinture avant que d’autres pays leur viennent en aide? Combien de temps encore les autres pays tarderont à apporter leur aide alors que leurs propres obligations sont sous pression ?) 2) l’aléa moral (une situation apparemment inextricable nécessite une aide étrangère mais risque parallèlement d’affaiblir la discipline future) 3) les faucons contre les colombes, ou respectivement la politique du « débrouillez-vous » face à celle du « nous vous aiderons ». Un récent article d’opinion d’Otmar Issing, un ancien membre du Conseil de la BCE, dans le Financial Times s’est montré particulièrement sévère à l’égard de la Grèce (« Un sauvetage de la Grèce serait un désastre pour l’Europe ») 4) les transferts ou les incitants économiques (en référence à la décision des politiques de relever l’âge de la retraite à 67 ans tandis que les Grecs peuvent profiter de leurs vieux jours au soleil dès l’âge de 55 ans) 5) les innovations financières qui créent leur propre demande (il existe à présent un « credit default swap » pour tous les États de la zone euro qui leur permet de jouer sur le thème de la « rigueur budgétaire ») 6) la crédibilité des engagements (les promesses des Grecs de limiter leur déficit de quelques points de pourcentage font-elles une grande impression après les exemples de comptabilité créative?) 7) les zones monétaires optimales (la zone euro n’est pas optimale compte tenu notamment de l’évolution divergente des coûts du travail).
Voilà qui est parfait, mais la question de l’investisseur reste la même: et maintenant? Voici quelques observations à cet égard. Tout d’abord, une solution sera trouvée (le contraire serait impensable en raison des répercussions d’une telle situation pour les obligations d’État, les marchés d’actions, l’euro, etc.) et l’échéance des obligations d’État grecques dans les prochaines semaines fait pression en ce sens. Ensuite, il faut trouver une solution viable. En d’autres termes, l’aide financière doit s’accompagner de certaines obligations. Enfin, il faut veiller à trouver une solution crédible, c.-à-d. qu’après la carotte, il faut agiter clairement le bâton.
Un pèlerinage aller-retour entre le climat méditerranéen d’Athènes et le climat plus froid de Maastricht pourrait en outre s’avérer très inspirant. En effet, après la signature du Traité de Maastricht, l’union monétaire a concrètement pu voir le jour car il s’agit d’un engagement crédible. La crédibilité reposait à cet égard sur le principe de la carotte et du bâton: d’énormes avantages liés à une participation finale au « club » et inversement, une punition en cas de suspension des efforts en vue de la ligne d’arrivée.
Un pèlerinage Athènes-Maastricht-Athènes
La semaine dernière, j’ai dû me rendre à un séminaire à Copenhague, une ville au style de très bon goût avec un accent prononcé pour l’écologie qui s’est avérée particulièrement agréable malgré les chutes de neige. L’échec du sommet sur le climat n’aura en tout cas pas fait les affaires de cette ville. Le vol SAS vers Copenhague a réservé d’agréables surprises: peu de voyageurs et donc un grand espace pour les jambes, ainsi qu’un snack léger « gratuit » en classe économique. Dans le vol du retour, ce snack était à nouveau payant, comprenne qui pourra. De l’autre côté du couloir, se trouvaient deux Danois un peu plus âgés. Ils avaient compris le système: ils demandaient chacun une bouteille de vin pour le dîner et en demandaient à nouveau une après sous le prétexte que « c’est gratuit ». Je m’en suis tenu à l’eau car je devais rattraper un retard important dans la lecture des journaux et des rapports de recherche relatifs à la Grèce. Depuis lors, ma farde de coupures de presse s’est encore épaissie et contient à présent une collection particulièrement fournie d’articles d’opinion.
Le prix de l’originalité revient à Christian Saint-Etienne, un professeur français du Conservatoire National des Arts et Métiers et de l’université Paris-Dauphine qui a publié un article dans la rubrique « scénario fiction » du Figaro Magazine du week-end dernier. Il y fait un bond dans le temps et décrit comment la zone euro se scinde le 10 octobre 2010 en deux zones monétaires: l’euro-mark au nord et l’euro-franc au sud, ou encore, comment l’Allemagne et la France se partagent l’hégémonie économique de l’Europe. Il convient de souligner que l’auteur cherche dans son article à mettre en évidence les défauts dans le développement de la zone euro (« scénario fiction » ne signifie pas « prévision »), mais il s’y prend de façon très originale. Néanmoins, le lecteur reste sur sa faim car l’auteur n’a pas osé se prononcer sur l’ampleur de la dépréciation de l’euro-franc par rapport à l’euro-mark…
Soyons clairs: un tel éclatement de l’union monétaire est exclu, ne fût-ce que parce que rien n’est prévu dans le traité fondateur de l’Union concernant les pays qui quitteraient l’union monétaire. Cette situation rappelle les paroles du hit « Hotel California » dans les années ’70: « you can check out any time you want but you can never leave » (vous pouvez retirer vos billes quand vous voulez mais vous ne pouvez jamais quitter la table.). Actuellement, l’Europe ne donne pas une image aussi ensoleillée et plaisante que la Californie mais plutôt celle d’une région accablée par les dettes. Le « check-out » n’est par ailleurs pas une option car les marchés font pression sur les autorités pour qu’elles remettent un peu d’ordre dans leurs affaires. La Grèce est donc le premier pays de la liste à faire l’objet de mesures drastiques et d’une mise sous tutelle mais d’autres suivront. Si quelqu’un pense encore que l’Économie est une science ennuyeuse (on ne sait jamais), cette personne changera certainement d’avis avec l’actuelle crise de la zone euro car nous avons rarement pu observer une telle combinaison d’illustrations concrètes de concepts jusqu’ici purement théoriques. Un bref aperçu: 1) la théorie des jeux (Jusqu’où les Grecs devront-ils se serrer la ceinture avant que d’autres pays leur viennent en aide? Combien de temps encore les autres pays tarderont à apporter leur aide alors que leurs propres obligations sont sous pression ?) 2) l’aléa moral (une situation apparemment inextricable nécessite une aide étrangère mais risque parallèlement d’affaiblir la discipline future) 3) les faucons contre les colombes, ou respectivement la politique du « débrouillez-vous » face à celle du « nous vous aiderons ». Un récent article d’opinion d’Otmar Issing, un ancien membre du Conseil de la BCE, dans le Financial Times s’est montré particulièrement sévère à l’égard de la Grèce (« Un sauvetage de la Grèce serait un désastre pour l’Europe ») 4) les transferts ou les incitants économiques (en référence à la décision des politiques de relever l’âge de la retraite à 67 ans tandis que les Grecs peuvent profiter de leurs vieux jours au soleil dès l’âge de 55 ans) 5) les innovations financières qui créent leur propre demande (il existe à présent un « credit default swap » pour tous les États de la zone euro qui leur permet de jouer sur le thème de la « rigueur budgétaire ») 6) la crédibilité des engagements (les promesses des Grecs de limiter leur déficit de quelques points de pourcentage font-elles une grande impression après les exemples de comptabilité créative?) 7) les zones monétaires optimales (la zone euro n’est pas optimale compte tenu notamment de l’évolution divergente des coûts du travail).
Voilà qui est parfait, mais la question de l’investisseur reste la même: et maintenant? Voici quelques observations à cet égard. Tout d’abord, une solution sera trouvée (le contraire serait impensable en raison des répercussions d’une telle situation pour les obligations d’État, les marchés d’actions, l’euro, etc.) et l’échéance des obligations d’État grecques dans les prochaines semaines fait pression en ce sens. Ensuite, il faut trouver une solution viable. En d’autres termes, l’aide financière doit s’accompagner de certaines obligations. Enfin, il faut veiller à trouver une solution crédible, c.-à-d. qu’après la carotte, il faut agiter clairement le bâton.
Un pèlerinage aller-retour entre le climat méditerranéen d’Athènes et le climat plus froid de Maastricht pourrait en outre s’avérer très inspirant. En effet, après la signature du Traité de Maastricht, l’union monétaire a concrètement pu voir le jour car il s’agit d’un engagement crédible. La crédibilité reposait à cet égard sur le principe de la carotte et du bâton: d’énormes avantages liés à une participation finale au « club » et inversement, une punition en cas de suspension des efforts en vue de la ligne d’arrivée.
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