Les statistiques du marché du travail publiées vendredi dernier aux États-Unis ont été les meilleures que nous pouvions anticiper en ce début de reprise. Le nombre de pertes d’emplois s’est avéré nettement inférieur aux attentes (11 000 contre 125 000), tandis que les chiffres de ces deux derniers mois ont été ajustés favorablement (de 159 000 emplois). Par ailleurs, le taux de chômage a baissé (de 10,2% à 10,0%), le nombre d’heures prestées par semaine (chiffre intéressant car il est lié au revenu des ménages) a légèrement augmenté (0,2 heure) et le nombre de créations d’emplois intérimaires est reparti à la hausse (les entreprises recrutent généralement du personnel intérimaire et procèdent ensuite à des engagements à titre permanent à mesure que progresse la reprise). Enfin, il est de l’avis général que les effets saisonniers n’ont pas faussé l’une ou l’autre donnée.
Par conséquent, même les plus fervents partisans d‘une reprise en forme de W peuvent à présent se rendre à l’évidence. Mieux encore, il convient de tenir compte d’une reprise qui, malgré tous les obstacles structurels (endettement des ménages et des pouvoirs publics, resserrement du crédit), pourrait encore surprendre agréablement. C’est du moins ce que reflète le marché obligataire: en une semaine, le taux à long terme s’est vivement redressé (de quelque 28 points de base pour les rendements à 10 ans) et le marché anticipe de plus en plus un premier durcissement de la politique de la Réserve fédérale vers la mi-2010 (ce qui me semble encore tôt). Quel changement par rapport aux estimations des quelques semaines précédentes!
La crainte d’une augmentation plus rapide que prévu des taux directeurs a par ailleurs provoqué une clôture en baisse de la Bourse de New York après un départ en fanfare vendredi dernier. Toutefois, les responsables monétaires n’iront pas si vite. Le chômage reste à un niveau économiquement, socialement et politiquement inacceptable et le chômage de longue durée a terriblement augmenté, des facteurs qui devraient inciter les autorités monétaires à maintenir leur politique accommodante pendant encore un long moment. En outre, une hausse de 25 points de base des taux des Fed Funds ne fera pas la pluie et le beau temps dans l’économie et en Bourse. Au contraire, un premier tour de vis, à l’exemple de l’Australie où un premier relèvement des taux il y a quelques semaines a été accueilli favorablement, serait considéré comme une preuve de la confiance de Ben Bernanke attestant que le pire est passé. Par conséquent, la confiance envers les résultats anticipés pourrait remonter et ces prévisions pourraient être revues à la hausse. En d’autres termes, bien que des nouvelles intrinsèquement bonnes, telles que celles de vendredi dernier, puissent être mal accueillies par les investisseurs en actions dans un premier temps, elles seront finalement jugées positives.
Commentaires