Ma joie en vérifiant les résultats de Wall Street vendredi dernier sur le site de Bloomberg fut de courte durée: j’ai d’abord lu que la confiance des consommateurs s’était contre toute attente sensiblement améliorée selon l’enquête de l’université du Michigan et j’ai constaté, quelques secondes plus tard, que la Bourse avait clôturé en légère baisse. Ce résultat n’a rien de dramatique, surtout après une semaine boursière très porteuse, mais j’ai néanmoins cette impression que les indicateurs macroéconomiques sont devenus temporairement non pertinents. Cette impression restera en travers de la gorge de tout économiste et, avant que des collègues économistes se posent des questions existentielles, j’ajouterais que l’adjectif « non pertinents » est précédé par « temporairement », qui revêt autant d’importance.
Ce manque temporaire de pertinence est lié à plusieurs facteurs. Tout d’abord, nous savons déjà entre-temps que le creux de la récession est passé. Dorénavant, toute bonne nouvelle n’aura finalement aucun impact, à l’inverse des mauvaises, dont l’effet sera exacerbé. Les mauvaises nouvelles économiques se font rares actuellement et les chiffres restent de surcroît largement supérieurs aux attentes. La relative indifférence du marché face à ces nouvelles démontre que la valeur informative marginale d’une nouvelle positive est devenue quasi-nulle. Il s’agit du même phénomène lorsqu’un instituteur tient chaque semaine un discours élogieux concernant les résultats scolaires d'un certain élève. Si l’instituteur oublie une fois d’en parler après quelques semaines (sans mauvaises intentions), le monde de l’élève en question s’écroule: l’énième marque de satisfaction concernant ses bons résultats n’apporte rien mais son omission a un impact d’autant plus significatif.
Ensuite, les investisseurs souhaitent voir confirmée cette amélioration dans d’autres indices économiques, à savoir non plus dans les statistiques de confiance et de conjoncture mais également au niveau de l’activité et des dépenses. En d’autres termes: les chiffres macroéconomiques manquent de pertinence car certains chiffres prennent plus d’importance que d’autres. Il est certes agréable de constater que les chiffres reflétant la confiance des consommateurs à l’égard du climat économique s’apprécient en rythme annuel, mais quand le consommateur déliera-t-il concrètement les cordons de sa bourse? Cette question est d’autant plus cruciale que le revenu disponible réel des ménages américains a déjà reculé de plus de 3% cette année, après avoir enregistré une contraction similaire en 2008, tandis que les scénarios catastrophe relatifs à l’état des finances publiques du pays figurent en première page des journaux, les États-Unis n’étant toutefois pas les seuls dans ce cas. Quelles sont les répercussions sur les dépenses des ménages?
Enfin, il convient de savoir que la saison des résultats approche outre-Atlantique. Pour commencer ce point, j’aimerais évoquer brièvement une étude intéressante de la Banque centrale européenne (il s’agit du n°1077 pour ceux que cela intéresse) que j’ai lue récemment. L’étude porte sur l’importance relative de divers types d’informations dans l’évolution des marchés financiers. Les auteurs, Michael Ehrmann et David Sondermann, démontrent à cet égard que le rapport trimestriel de la Banque d’Angleterre sur l’inflation a, à mesure de l’éloignement dans le passé de la date de publication, de moins en moins d’impact sur les attentes du marché vis-à-vis de la politique monétaire de la banque centrale, tandis que les chiffres macroéconomiques gagnent par contre en importance. Par analogie à cette étude, j’ajouterais que les chiffres qui concernent spécifiquement les entreprises gagnent de l’importance à mesure que la saison des résultats approche, au détriment des chiffres macroéconomiques. À partir du début du mois d’octobre, nous recevrons des informations microéconomiques précieuses sur les prestations des entreprises au troisième trimestre. Ces résultats sont si importants que les chiffres macroéconomiques sont quelque peu délaissés. Cette situation est on ne peut plus normale: les chiffres macroéconomiques ne sont rien de moins qu’un agrégat de multiples mini-informations et un substitut aux micro-nouvelles pour l’investisseur en actions. À cet égard, nous serons largement gâtés dans les prochaines semaines.
William De Vijlder
15 septembre 2009
Commentaires