« Le président était en ville ce week-end et j’ai vu son hélicoptère s’envoler cet après-midi. Il y avait même deux hélicoptères, pour des raisons de sécurité », m’a déclaré fièrement le chauffeur de taxi à propos de « son » président entre l'aéroport O’Hara et le centre de Chicago. Dans le centre ville, Obama est omniprésent, au sens figuré bien entendu. Les journaux locaux proposent une réédition des exemplaires parus après sa victoire et son investiture. Les librairies regorgent de livres le concernant et Michelle Obama est partout en couverture de nombreux magazines. Les actes se font toutefois attendre. Quelques décisions ont certes été prises sur le plan budgétaire, avec un accent un peu trop prononcé sur les réductions d’impôts (qui ne stimuleront pas la consommation car les Américains ont perdu tellement d’argent qu’ils chercheront d’abord à reconstituer leur patrimoine) et pas assez sur les investissements supplémentaires. La question est à présent de savoir quoi faire avec le secteur bancaire. Le flou entourant les propos du ministre des Finances Tim Geithner a joué un rôle majeur dans l’effondrement des cours boursiers de ces dernières semaines. Les banques seront soumises à un test de solidité, mais que se passera-t-il si l’une des institutions bancaires échoue à ce test? Quel sera le délai d’exécution de ce « test sanitaire »? Comparativement, les Britanniques font preuve de davantage de dynamisme, tant en ce qui concerne le secteur bancaire (en offrant des garanties) qu’en matière de politique monétaire où, après une nouvelle baisse du taux directeur, des mesures d’assouplissement quantitatif n’ont pas tardées à être mises en place. Le résultat ne s’est pas fait attendre: les perspectives de rachats massifs par la Banque d’Angleterre ont propulsé vers le haut les obligations d’État tandis que les taux à long terme ont perdu 60 point de base en l’espace de quelques jours. Le but de cet exercice est simple: gonfler artificiellement le cours des obligations d’État pour inciter les investisseurs à se tourner vers d’autres actifs (notamment les obligations d’entreprises) afin d’en réduire aussi les taux, et donc le coût de financement. La Fed tente d’effectuer une manœuvre similaire aux États-Unis avec le lancement du programme TALF (Term Asset-Backed Securities Loan Facility) qui permettrait à des investisseurs, tels que les hedge funds, d’acheter des titres adossés à des prêts automobiles ou à des dettes sur cartes de crédits par le biais d'emprunts bon marché. Ce programme pourrait ensuite être élargi aux titres adossés à l’immobilier commercial ou résidentiel. Des hausses de cours sont dès lors à prévoir aussi dans ce secteur, du moins au niveau du papier de grande qualité.
Il semblerait donc que le processus de « transmission monétaire » pourra à terme fonctionner, mais il faudra néanmoins du temps. Bien qu’une hirondelle ne fasse pas le printemps, la décision de Countrywide d’engager 3000 personnes pour traiter les demandes de refinancement des emprunts hypothécaires est un signal porteur d’espoir. Pour le reste, les nouvelles du front macroéconomique sont restées globalement mauvaises: les États-Unis affichent leur pire taux de chômage depuis 25 ans; les exportations du Japon et de la Chine se sont écroulées et, comme si cela ne suffisait pas, l’Europe et les États-Unis sont en total désaccord quant à la manière d’aborder la crise. Ceux qui s’attendent à un signal fort à l’issue de la réunion du G20, qui aura lieu en avril, feraient mieux de mettre leurs espoirs de côté, par mesure de sécurité.
Ces nouvelles peu réjouissantes n’ont pas empêché les marchés d’actions d’enregistrer d’excellentes performances ces derniers jours. Quant aux motifs de cet optimisme - l’annonce par Citi de son meilleur parcours au premier trimestre depuis 2007 et un écho similaire de la part de JP Morgan y sont pour quelque chose mais n’expliquent pas tout - la raison la plus évidente serait simplement que les marchés étaient devenus trop pessimistes (un élément qui ressort des enquêtes menées à cet égard) et que le temps était propice à un « rebond de marché baissier », mais il ne s’agit-là que de suppositions. Il semble par contre évident que cette tendance baissière n’est pas encore terminée: lorsque Ben Bernanke affirme que la récession est susceptible de durer jusqu’en 2010 et que l’Union européenne tient le même discours vis-à-vis de l’Europe, il n’est pas raisonnable de penser que les marchés boursiers anticiperaient déjà ce scénario en mars 2009. Cet argument est d’autant plus admissible vu que, parallèlement, les spreads entre les obligations d'entreprises et les obligations d'État se sont à nouveau élargis. Ainsi, alors que les bourses sont à la fête, les investisseurs obligataires sont d’humeur plus maussade. Un tel déséquilibre ne peut pas durer.
Commentaires