Une fois éclatée, les bulles financières sont généralement attribuées à des erreurs de politique des banques centrales. La bulle Internet de la fin des années 90, qui a éclaté au début de l’année 2000, est un cas d’école: en effet, déjà en décembre 1996, Alan Greenspan s’était juste contenté de pointer l’exubérance irrationnelle des marchés d’actions. De telles critiques ont aussi été formulées à l’égard de la bulle immobilière américaine de cette décennie. D’aucuns affirment ainsi qu’une politique monétaire trop accommodante crée une bulle et qu’une politique trop peu stricte la maintient. Lorsque, au moment de la récession qui suit l’éclatement d’une bulle, les banques centrales lâchent totalement la bride et réduisent sensiblement les taux afin d’insuffler une bouffée d'oxygène à l’économie, la question de savoir quelle nouvelle bulle elles sont en train de créer est rapidement évoquée. Certains commentaires parlent déjà d’une bulle des obligations d’État. Il est vrai que les taux de ces obligations sont particulièrement bas: 2,32% pour les emprunts d’État américains à 10 ans et 2,93% en Allemagne et 3,29% au Royaume-Uni.
Cependant, une telle situation ne prouve pas l’existence d’une bulle. Pour en être question, deux conditions doivent être remplies: d’une part, il faut que la hausse continue des cours de l’instrument financier atteigne un niveau ostensiblement élevé; et d’autre part, que l’évolution du cours de l’instrument financier ne soit plus conforme à celle des facteurs fondamentaux. La Greater Fool Theory, à savoir la théorie du plus « fou », est alors d’application: les investisseurs achètent sans véritablement prêter attention aux cours car ils espèrent pouvoir revendre leurs titres plus tard à quelqu’un qui sera encore moins attentif et prêt à payer un prix encore plus élevé... En Europe (Royaume-Uni, zone euro), le niveau des taux des obligations d’État est certes particulièrement bas, mais peut s’expliquer par les attentes inflationnistes, l’assouplissement monétaire des banques centrales et la récession. En Allemagne, le taux à 10 ans continue par ailleurs de descendre, à environ 2,5 – 2,75%. Outre-Atlantique, où les taux peuvent encore descendre à moins de 2%, un bulle commence par contre peu à peu à se former: les taux réels (taux actuels moins l’inflation attendue à long terme) y sont négatifs, le déficit public dépassera 8% du PIB, le marché monétaire fonctionne mieux depuis quelques semaines mais les taux longs poursuivent étrangement leur baisse. La Réserve fédérale joue à cet égard un rôle majeur: elle tente, au travers de sa politique d’assouplissement quantitatif, de diminuer les taux des obligations d’État de sorte que les investisseurs prennent bon gré mal gré plus de risques et se tournent par exemple vers les obligations d’entreprises: en tirant ce raisonnement à l’extrême, il apparaît que la création d’une bulle est en réalité intentionnelle.
L’idée suivante pourrait susciter la nervosité des investisseurs en obligations d’État américaines: l’explosion d’une bulle va de pair avec l’effondrement du patrimoine consécutivement à la baisse des cours des actifs concernés (songez aux actions technologiques). Dans le cas des obligations d’État, la contraction des cours n’est que temporaire (lorsque le marché réalisera que les taux longs ne cadrent pas avec les facteurs fondamentaux, les taux obligataires augmenteront et les cours baisseront) et si les titres sont conservés jusqu’à l’échéance, l’investisseur reçoit en retour son capital d’origine. Il s’agit là d’une différence fondamentale par rapport aux actions ou à l’immobilier. Il convient toutefois d’apporter 2 nuances: l’investisseur récupère son capital en termes nominaux. Dès lors, si l’inflation s’est entre-temps avérée élevée, l’investisseur enregistre quand même une perte (à savoir en termes de pouvoir d’achat), mais qui n’est pas vraiment visible. La seconde nuance invite plutôt l’investisseur américain à se demander s’il est vraiment intéressant de bloquer ses fonds pendant dix ans pour un taux de 2,3%...
Le plan de relance augmente-t-il la dette nationale? Et est-ce que cela devient un nouveau facteur à contrôler? William De Vilder, dans un interview avec L'Echo Web TV analyse les conséquences économiques.
Pour cette nouvelle année je tiens à souhaiter mes meilleurs vœux pour 2009 à tous les lecteurs de ce blog. Je voudrais aussi tous vous remercier pour vos réactions durant l’année 2008 et j’espère que ce blog continuera de vous inspirer dans vos décisions d’investissement.
Les marchés ont démarré l’année en force. La tendance amorcée depuis plusieurs semaines s’est poursuivie: les marchés d’actions ont rebondi de 10 à 40% (Brésil et Hong Kong) par rapport à leur plus bas enregistré au quatrième trimestre. Si l’économie américaine venait à se redresser dans les prochains mois, il s’avérerait alors que les bourses ont eu une nouvelle fois raison… Nous verrons bien. Il convient pour l’heure de rappeler la réponse ironique du lauréat du prix Nobel, Paul Samuelson, dans les colonnes de Newsweek en 1966, en réaction à l’affirmation « les bourses anticipent l’évolution économique », à savoir que « les indices boursiers ont anticipé 9 des 5 récessions précédentes ». Les signaux erronés sont donc nombreux et il semble que ce soit cette fois aussi le cas. Les chiffres économiques demeurent franchement médiocres. Les ventes de Noël aux États-Unis se sont avérées peu brillantes, l’immobilier ne montre aucun signe d’amélioration (l’indice Case-Shiller a cédé 18% en glissement annuel), l’indice de confiance des consommateurs est à un plancher historique, l’indice ISM ne cesse de dégringoler tandis que Caterpillar et FedEx ont annoncé des baisses de salaires. Cependant, le marché vit d’espoir: l’espoir que Barack Obama renversera la tendance par le biais d’un soutien budgétaire; l’espoir que la chute de l’inflation ramènera la confiance des ménages grâce à son impact positif sur le pouvoir d’achat ; l’espoir que les prix de l’immobilier résidentiel finiront par se stabiliser; etc.
2009 sera l’année des extrêmes après une année 2008 extrême. L’année écoulée a en effet été extrême au regard de l’ampleur des plongeons boursiers et du flux constant de nouvelles plus mauvaises les unes que les autres et ce malgré toutes les initiatives politiques des autorités et des banques centrales. L’année 2009 sera faite d’extrêmes en termes de volatilité, de changements des perspectives (passant de médiocres à satisfaisantes) et donc de réaction des marchés. La sous-valorisation de nombreuses classes d’actifs (actions, obligations d’entreprises,…) constitue une base favorable à des remontées spectaculaires et bien des investisseurs malchanceux l’année dernière profiteront de l’occasion pour engranger rapidement des bénéfices. Je serais dès lors très surpris que nous ne soyons pas confrontés dans les prochains mois à un regain des craintes et des doutes relatifs aux bénéfices des entreprises et à l’évolution macroéconomique. La baisse de l’inflation, actuellement salutaire, menace d’être suivie au deuxième trimestre par des craintes que la déflation soit l’étape suivante. Il n’empêche que 2009 sera sans conteste l’année d’une reprise cyclique compte tenu du soutien massif dont les autorités font preuve. Le consensus estime que l’économie américaine se redressera dès le second semestre. Personnellement, je pense que cette reprise interviendra plus tard en 2009. En attendant de voir apparaître la « fumée blanche », les perspectives à court terme seraient plutôt caractérisées par une succession de rebonds suivis de vagues de prises de bénéfices.
Après la bulle de l’immobilier, la bulle des obligations d’État ?
Une fois éclatée, les bulles financières sont généralement attribuées à des erreurs de politique des banques centrales. La bulle Internet de la fin des années 90, qui a éclaté au début de l’année 2000, est un cas d’école: en effet, déjà en décembre 1996, Alan Greenspan s’était juste contenté de pointer l’exubérance irrationnelle des marchés d’actions. De telles critiques ont aussi été formulées à l’égard de la bulle immobilière américaine de cette décennie. D’aucuns affirment ainsi qu’une politique monétaire trop accommodante crée une bulle et qu’une politique trop peu stricte la maintient. Lorsque, au moment de la récession qui suit l’éclatement d’une bulle, les banques centrales lâchent totalement la bride et réduisent sensiblement les taux afin d’insuffler une bouffée d'oxygène à l’économie, la question de savoir quelle nouvelle bulle elles sont en train de créer est rapidement évoquée. Certains commentaires parlent déjà d’une bulle des obligations d’État. Il est vrai que les taux de ces obligations sont particulièrement bas: 2,32% pour les emprunts d’État américains à 10 ans et 2,93% en Allemagne et 3,29% au Royaume-Uni.
Cependant, une telle situation ne prouve pas l’existence d’une bulle. Pour en être question, deux conditions doivent être remplies: d’une part, il faut que la hausse continue des cours de l’instrument financier atteigne un niveau ostensiblement élevé; et d’autre part, que l’évolution du cours de l’instrument financier ne soit plus conforme à celle des facteurs fondamentaux. La Greater Fool Theory, à savoir la théorie du plus « fou », est alors d’application: les investisseurs achètent sans véritablement prêter attention aux cours car ils espèrent pouvoir revendre leurs titres plus tard à quelqu’un qui sera encore moins attentif et prêt à payer un prix encore plus élevé... En Europe (Royaume-Uni, zone euro), le niveau des taux des obligations d’État est certes particulièrement bas, mais peut s’expliquer par les attentes inflationnistes, l’assouplissement monétaire des banques centrales et la récession. En Allemagne, le taux à 10 ans continue par ailleurs de descendre, à environ 2,5 – 2,75%. Outre-Atlantique, où les taux peuvent encore descendre à moins de 2%, un bulle commence par contre peu à peu à se former: les taux réels (taux actuels moins l’inflation attendue à long terme) y sont négatifs, le déficit public dépassera 8% du PIB, le marché monétaire fonctionne mieux depuis quelques semaines mais les taux longs poursuivent étrangement leur baisse. La Réserve fédérale joue à cet égard un rôle majeur: elle tente, au travers de sa politique d’assouplissement quantitatif, de diminuer les taux des obligations d’État de sorte que les investisseurs prennent bon gré mal gré plus de risques et se tournent par exemple vers les obligations d’entreprises: en tirant ce raisonnement à l’extrême, il apparaît que la création d’une bulle est en réalité intentionnelle.
L’idée suivante pourrait susciter la nervosité des investisseurs en obligations d’État américaines: l’explosion d’une bulle va de pair avec l’effondrement du patrimoine consécutivement à la baisse des cours des actifs concernés (songez aux actions technologiques). Dans le cas des obligations d’État, la contraction des cours n’est que temporaire (lorsque le marché réalisera que les taux longs ne cadrent pas avec les facteurs fondamentaux, les taux obligataires augmenteront et les cours baisseront) et si les titres sont conservés jusqu’à l’échéance, l’investisseur reçoit en retour son capital d’origine. Il s’agit là d’une différence fondamentale par rapport aux actions ou à l’immobilier. Il convient toutefois d’apporter 2 nuances: l’investisseur récupère son capital en termes nominaux. Dès lors, si l’inflation s’est entre-temps avérée élevée, l’investisseur enregistre quand même une perte (à savoir en termes de pouvoir d’achat), mais qui n’est pas vraiment visible. La seconde nuance invite plutôt l’investisseur américain à se demander s’il est vraiment intéressant de bloquer ses fonds pendant dix ans pour un taux de 2,3%...
Rédigé à 10:36 dans William's Weekly Comments | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)