L’année 2009 sera caractérisée par un taux d’intérêt extrêmement bas au niveau mondial et donc aussi dans la zone euro. Par conséquent, les investisseurs seront confrontés au choix suivant: s’orienter vers des échéances encore plus longues (« dépêchez-vous avant qu’il soit trop tard ») afin de « verrouiller » leur taux pendant encore quelques années, ou rester sur le court terme, subir le recul des taux courts et décider ensuite durant l’année 2009 de prendre plus de risques en achetant par exemple quelques actions ou obligations d’entreprises (« rester dans l’expectative avant de prendre son courage à deux mains »). S’il adopte une attitude attentiste et continue d’investir à court terme en 2009, l’investisseur de la zone euro pourra peut-être tout juste maintenir son capital réel mais sans plus.
Aux États-Unis, le citoyen de la classe populaire, surnommé « Joe SixPack », a déjà atteint ce stade. La décision de la Banque centrale américaine d’abaisser la fourchette cible des taux des Federal Funds à 0-0,25% signifie que le pays a amorcé une période « ZIRP ». La ZIRP ou zero interest rate policy fait référence à la politique à taux zéro introduite par la Banque centrale japonaise vers la fin des années 90 dans une énième tentative de relance d’une économie alors à l’agonie et qui a d’ailleurs connu un succès mitigé. Il était évident depuis quelques temps que les États-Unis adopteraient tôt ou tard cette politique mais la décision de la Fed de ramener d’un seul coup le taux à (quasiment) zéro s’est néanmoins avérée surprenante. Cette décision reflète pourtant le niveau auquel les taux des Fed funds sont cotés depuis déjà un certain temps, la banque centrale n’étant pas parvenue précédemment à maintenir ces taux au niveau qu’elle s’est fixé, soit 1%. Il s’agit donc là d’un acte prévisible et surprenant à la fois.
Par ailleurs, le billet vert a subi une douche froide et le renversement de tendance dont il a fait l’objet est tout bonnement brutal, passant d’environ 1,24 à 1,47 face à l’euro au moment d’écrire ces lignes. Le marché des changes aurait-il soudain découvert que la Fed a sensiblement réduit ses taux, qu’elle permettra désormais d’obtenir des fonds (plus ou moins) gratuitement pendant longtemps et qu’elle se montre dès lors plus généreuse que la BCE, ce qui expliquerait le renforcement de l’euro? Cette interprétation est possible, en théorie, mais ne tient pas suffisamment compte de l’anticipation des marchés, y compris celui des devises. Il est - et a toujours été - de notoriété publique que la BCE diminue ses taux avec parcimonie, une caractéristique qu’elle a une fois de plus soulignée en début de semaine. À quoi est dû ce renforcement du dollar suivi d’une soudaine dépréciation? Voici trois explications possibles. Tout d’abord, le marché commencerait à douter des chances de réussite des interventions de la Fed et du gouvernement américain pour sortir les États-Unis de l’ornière. Je pense qu’il est encore trop pour déjà mettre en avant cette explication. Ensuite, le marché n’anticiperait plus de nouvel assouplissement monétaire de la part de la BCE. Je ne suis pas ce raisonnement: l’activité de la zone euro continue de se détériorer (comme en témoigne le récent indice IFO en Allemagne) et nous prévoyons que les taux de la BCE descendront progressivement à 1,50% l’année prochaine, voire moins. Cette évolution tirera également les rendements obligataires vers le bas à 2,50-2,75% pour le taux allemand à 10 ans. Enfin, l’appréciation du dollar au cours de ces derniers mois aurait été liée au mouvement de désendettement (de-leveraging), soit la fermeture de certaines hedge funds ou du moins à une diminution de la proportion de fonds empruntés par ces hedge funds. Ce processus a provoqué la vente de bon nombre d’instruments (obligations d’entreprises, emprunts titrisés, obligations émergentes, obligations convertibles, …) et un rapatriement des fonds vers les États-Unis. L’affaiblissement du dollar indiquerait alors que ce processus de désendettement est en perte de vitesse, ce qui serait une bonne nouvelle pour les classes d’actifs ayant été victimes de ces pressions à la vente. À cet égard, le regain d’intérêt qui semble émerger pour les obligations convertibles peut être considéré comme un signe encourageant. Une hirondelle ne fait certes pas le printemps, encore moins en plein hiver, mais une hirondelle est toujours mieux que pas d’hirondelle du tout…
Bonjour, par rapport à votre réflexion : "Tout d’abord, le marché commencerait à douter des chances de réussite des interventions de la Fed et du gouvernement américain pour sortir les États-Unis de l’ornière."
Pouvez-vous nous en dire plus ? Qu'est-ce qui constituera selon vous un "échec de ces interventions" ? et Quelles pourraient être les conséquences d'un tel échec ?
Rédigé par : VDB | 02/01/2009 à 12:59
Bonjour. Effectivement, il y a des limites en ce qui concerne ce que les autorités peuvent faire dans une situation telle que l'on vit actuellement. La grande question donc, est ce qui se passera au moment où ces limites ont été atteintes et rien n'aurait changé. Dans mon prochain blog je commentera ces questions-là, et les possibles conséquences d'un tel scénario en répondant à vos remarques.
Rédigé par : William De Vijlder | 02/01/2009 à 17:18
Génial, merci d'avance :-)
Rédigé par : VDB | 02/01/2009 à 18:53