La crise du crédit ressemble de plus en plus à une série télévisée et l’évolution des marchés financiers au cours de cette décennie pourrait parfaitement faire l’objet d’un feuilleton où se succèderaient les doutes (la faiblesse du redressement après la récession de 2001), l’horreur (l’attaque des tours WTC), le suspens (le prélude de la guerre en Irak), l’émerveillement (le « boom » des pays émergents), l’euphorie (l’envolée des prix immobiliers) et le déclin (les événements survenus depuis l’été 2007). Les personnalités intéressantes ne manquent d’ailleurs pas: Greenspan, Bin Laden, Bush, Bernanke, Paulson 1 (l’homme qui a littéralement gagné une fortune en vendant à découvert des actifs adossés à des hypothèques en garantie) et Paulson 2 (le ministre américain des Finances qui a ensuite dû recoller les morceaux). Il ne reste plus qu'à trouver un personnage pour fignoler le tout avec une histoire d'amour qui tiendrait le public en haleine. J’ai même déjà trouvé le titre de la série: Merced. Il fait référence à un comté de Californie où les prix de l’immobilier sont montés en flèche de 100 000 dollars US environ en 2000 à près de 400 000 dollars US au moment du pic atteint par le marché, avant d’être retombés depuis lors à environ 150 000 dollars US. La région détient le triste record des familles en situation de « negative equity », c.-à-d. qu’elles possèdent un bien immobilier dont la valeur est inférieur au montant du prêt hypothécaire à rembourser: au mieux 85%. Voilà donc un lieu peu propice aux affaires.
Une série se caractérise par sa durée particulièrement longue. Les épisodes se succèdent, ponctués de rebondissements, pour ainsi maintenir le suspens. La saison s’achève ensuite sur un « cliffhanger » (fin ouverte) conçu pour que les spectateurs retiennent leur souffle pendant quelques semaines avant le début de la saison suivante. Un tel « cliffhanger » a été observé au début de la semaine lorsque le Congrès américain a, contre toute logique économique, rejeté le plan Paulson. Les bourses ont réagi en conséquence et après maintes tergiversations et adaptations, le Sénat l’a finalement approuvé. C’est à présent au tour de la Chambre des représentants de se prononcer. Nous y arriverons. Petite anecdote: le plan d’origine comportait 3 pages (assez léger faut-il dire) tandis que sa version révisée compte paraît-il quelque 450 pages. Divers points ont été ajoutés dans le but d’obtenir un nombre suffisant de votes favorables et leur lien avec la problématique financière tend à m'échapper quelque peu (des accises sur la production de piliers en bois par des enfants…; des incitants à la souscription d’assurances privées pour des problèmes de santé mentale…).
Il convient de ne pas surestimer l'importance du plan Paulson parce qu’il détermine précisément la valeur d’instruments totalement illiquides. Les banques pourront certes les effacer de leur bilan et les vendre à l’État qui intervient en tant « qu’acheteur de dernière minute ». Cependant, les problèmes ne se sont pas tous évaporés pour autant: le marché monétaire est toujours paralysé (le différentiel de taux entre les bons du Trésor et les taux interbancaires reste historiquement élevé) et l’économie va de mal en pis (les indices ISM et PMI aux États-Unis et en Europe sont vraiment médiocres). Prochainement, toutes les banques centrales, y compris la BCE, devront dès lors lâcher du lest.
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