J'étais à Londres hier. En quittant la station de métro " Bank " sur le chemin vers le bureau, j'ai remarqué un lampadaire entouré de gerbes de fleurs. Un écriteau avait également été apposé avec l'inscription suivante: " In living memory of the boom economy " (En mémoire d'une économie florissante). Les passants prenaient des photos avec leur GSM. Les travailleurs de la " City " ont clairement une façon bien curieuse d'exprimer leur frustration et leur déception face au déclin de l'économie. Ce type d'écriteau attire bien entendu l'attention mais, à y regarder de plus près, il n'est en rien un reflet de la réalité. Je n'ai aucunement l'intention de nier par ces propos le contexte de récession actuel mais je souhaiterais souligner que ce genre d'ornement funéraire prouve qu'un élément a été oublié, à savoir que l'économie retrouvera une santé de fer dans quelques années et que le marché s'inquiètera à nouveau de l'inflation etc. Les bonnes et les mauvaises périodes se succèdent avec une certaine régularité, voici des siècles que c'est ainsi et elles continueront aussi à se succéder dans le futur. Il s'agit naturellement d'une invitation pour les investisseurs en actions et en obligations d'entreprises à envisager un avenir suffisamment lointain et à tenir compte du caractère cyclique de l'activité des entreprises.
La réalité est plus complexe. Elle s'apparente à une promenade de grand matin en montagne: nous venons de quitter le refuge duquel nous pouvions apercevoir le sommet suivant et, en descendant dans la vallée, nous entrons dans le brouillard de sorte qu'il nous est impossible de connaître la profondeur et la largeur de la vallée, ni les obstacles auxquels nous serons confrontés. À ce sujet, nous pouvons être rassurés. En effet, les décisions prises le week-end dernier (garantie des dépôts interbancaires dans de nombreux pays, l'entrée des gouvernements dans le capital des banques, y compris aux États-Unis) ont déjà éliminé bon nombre d'obstacles: le taux interbancaire est légèrement descendu et le prix de l'assurance contre le risque crédit a diminué. Le rebond boursier spectaculaire n'a évidemment pas créé la surprise car les investisseurs ont revu leurs probabilités: le scénario catastrophe a été évité grâce à l'intervention des pouvoirs publics (chapeau à la zone euro et aux États-Unis à cet égard) et nous pouvons à présent logiquement tabler sur une issue moins dramatique avec une probabilité bien plus grande. La réaction des marchés d'actions hier après-midi illustre cependant très bien la succession des comportements suivants: panique (vendredi dernier), euphorie (lundi) et " quid ? " (hier). Le doute s'est à nouveau installé. Il est lié aux inquiétudes relatives à l'impact de la pénurie de crédit (H. Paulson a typiquement déjà laissé entendre qu'il s'attendait à ce que les banques ayant bénéficié d'une injection de capital élargiraient leur volume d'emprunt; le même son de cloche est venu du Royaume-Uni) ainsi qu'à une nouvelle vague de de-leveraging (démontage) des hedge funds, avec en conséquence à des ventes forcées. La rapidité avec laquelle les devises émergentes se sont dépréciées (la chute du peso mexicain, hier, est l'exemple le plus récent) et le recul des ventes automobiles sont deux exemples parmi bien d'autres qui démontrent que nous devons encore passer par un " processus de purification " économique. L'aversion pour le risque domine et la liste des classes d'actifs bon marché ne cesse de s'allonger.
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