Nous sommes le soir du jeudi 9 octobre lorsque j'écris ces lignes de ma chambre d'hôtel à Disneyland Paris. Par souci de clarté, sachez que je n'y étais pas pour le parc d'attractions mais pour assister à une conférence. À l'heure du dîner, le dessert a été gâché au moment où quelqu'un a commencé à pianoter sur son blackberry et constaté une baisse du Dow Jones de 7,3%, une nouvelle à vous faire avaler de travers votre ananas glacé. Deux explications concrètes sont ressorties des discussions qui ont suivi avec nos équipes de Boston et New York: primo, l'interdiction des ventes à découvert avaient été levée dans la matinée, entraînant immédiatement une correction de 10% des actions précédemment " protégées " contre les vendeurs à découvert; secundo, les clients des fonds d'investissement avaient reçu leurs extraits de compte au début de la semaine et, constatant avec horreur la chute des cours, avaient décidé aussitôt de jeter l'éponge. Ces ordres ont été traités depuis ce jeudi. Parallèlement à la fuite des petits investisseurs, d'autres facteurs entrent en jeu: nouvelle vague de rumeurs quant à la santé de certaines banques d'affaires, craintes de voir délaissés les portefeuilles des banques islandaises placées sous le contrôle de l'État et craintes d'une récession mondiale, qui, selon le dernier rapport du FMI, serait imminente.
La peur peut faire perdre le sens des réalités. L'indice S&P a perdu environ 38% cette année et le crash a déjà couté 22% depuis fin septembre. Les perspectives macroéconomiques se seraient-elles soudain détériorées à ce point ? Un ratio cours/bénéfices inférieur à 11 n'est-il plus intéressant? Une correction sévère et une valorisation véritablement attrayante ne suffisent bien entendu pas à inverser la tendance, il faudrait pour cela un redressement imminent de l'économie sur lequel il serait prématuré de compter prochainement. La récession persistera en effet plus longtemps que prévu en raison de l'assèchement du crédit, du revers des investisseurs en actions, de la précarité de nombreuses familles confrontées à une dette hypothécaire, de la hausse du chômage et de l'effondrement de la confiance des entrepreneurs (pensez au niveau de l'indice ISM de la semaine dernière). Par ailleurs, nous nous trouvons manifestement aussi dans une situation de marchés survendus basée sur les indicateurs de confiance et la reprise technique ne devrait plus tarder.
Le niveau des taux interbancaires est cependant bien un indice qu'il convient de tenir à l'œil en tant qu'investisseur. Bien qu'elle soit partie d'une bonne intention, la baisse des taux concertée et inattendue par les banques centrales en début de semaine a un effet absolument nul si les banques hésitent à se prêter des fonds. Elles peuvent se financer auprès des banques centrales par le biais d'un dépôt de titres en garantie mais le problème fondamental du blocage du marché interbancaire ne serait pas pour autant résolu. Le Royaume-Uni a pour sa part décider de garantir de facto les dépôts interbancaires pour un coût limité. Il ne faut pas surestimer l'importance de cette mesure, qui n'est malheureusement pas apparue en première page de tous les journaux. Il est plus important encore de noter que le marché anticipe l'adoption d'une mesure similaire aux États-Unis. La réussite d'une baisse des taux interbancaires permettra de restimuler sensiblement la confiance des investisseurs et d'offrir ainsi un second souffle sur les bourses. Nous ne serons pour autant pas sortis du marasme économique mais l'argent circulerait au moins de nouveau permettrait d'apaiser ce climat de psychose.
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