Un feu d’artifice tiré par des professionnels offre un spectacle grandiose ! La variété des fusées et des couleurs, et les motifs qui apparaissent dans un ciel obscur sont à couper le souffle (sans parler des détonations). Pourtant, le spectateur éprouve souvent un sentiment mitigé : le spectacle ne dure jamais longtemps, les superbes motifs se dissipent en une infinité de points lumineux qui retombent en tourbillonnant, la lumière créée par le feu d’artifice s’atténue rapidement et plonge le spectateur à nouveau dans l’obscurité. La bourse s’apparente à un marché de feux d’artifice. Les nouvelles positives sont accueillies par des bouquets de fleurs, des hourras et des flambées de cours. Or, l’euphorie est de courte durée et la dure réalité de l’économie refait surface.
La semaine dernière, le recul sensible des cours pétroliers a inspiré les bourses européennes, pendant précisément une journée. Le soufflé est ensuite vite retombé malgré la baisse continue des prix du pétrole. La question est à présent de savoir si le « feu d’artifice » du week-end dernier, tiré par le ministre américain des finances Paulson en « nationalisant » les organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, ouvre la voie vers une reprise durable. Je crains que non. Soyons clairs : le sauvetage était nécessaire et il s’agit certainement d’une bonne nouvelle car il permet d’une part d’éviter le scénario catastrophe de l’effondrement des deux sociétés ; et d’autre part, car l’administration américaine est à présent en mesure de racheter directement des hypothèques. Cette dernière mesure est particulièrement importante car elle réduira les écarts de taux d'intérêt que les ménages paient sur les nouvelles hypothèques. Cependant, ne nous faisons pas trop d’illusions. La propension à acheter une habitation dépend d’une foule de facteurs : le sentiment de sécurité d’emploi (celui-ci diminue, comme en témoigne les chiffres du chômage de la semaine dernière), les attentes en matière d’évolution des prix des maisons (qui continueront à baisser notamment sous l’influence de la pléthore d’immeubles disponibles), la facilité avec laquelle les candidats acheteurs obtiennent un prêt (or, cette tâche devient de plus en plus ardue) et le niveau des taux d’intérêt. En ce concerne le dernier point, il y a lieu de se réjouir (les écarts de taux qui doivent être payés en sus des taux publics diminueront), même si certains observateurs pointent le doigt sur la remontée potentiel des taux sur les obligations d’État à la suite des décisions prises le week-end dernier et liée au comportement des investisseurs étrangers. N’oublions pas que les États-Unis affichent un énorme déficit courant et doivent donc importer des capitaux étrangers. Le rachat des hypothèques par les autorités américaines accroîtra dès lors le besoin d’attirer des capitaux étrangers par divers canaux, ce qui se traduira par des rendements plus élevés pour les obligations d’État et, indirectement, par un crédit hypothécaire plus cher. Un tel scénario affaiblirait de nouveau le dollar. Je ne pense pas que nous en arriverons là, simplement parce que les États-Unis devraient se trouver dans les bonnes grâces des investisseurs en raison de la détermination avec laquelle des mesures sont prises en période de crise. Et la liste est longue : abaissement des taux directeurs par la Fed, réduction d’impôts, apport de liquidités par la Fed aux banques d’affaires – ce qui ne se produisait pas jadis – et sauvetage de Bear Stearns, Fannie et Freddie. En fin de compte, les États-Unis devraient être le premier pays où la reprise serait perceptible. L’accent est mis sur « en fin de compte » car les données économiques aux États-Unis (et ailleurs) indiquent toutes un affaiblissement plus prononcé. Ne nous laissons pas méprendre par la forte croissance surprenante enregistrée au deuxième trimestre : elle fut portée par les exportations. Le dollar fort et surtout la faiblesse persistante qui frappe les autres régions du monde ne présagent rien de bon. La chute de 4% enregistrée par la Bourse chinoise ce lundi à la suite de l’annonce faite dimanche par Paulson de ses mesures en dit long …
À l’instar de la baisse des cours pétroliers, force est de constater que le sauvetage de Fannie et Freddie constitue une condition certes sine qua none mais insuffisante pour assurer une reprise fondamentale. Il semble que les investisseurs et les dirigeants jouent au puzzle : la bonne nouvelle est que deux pièces importantes se trouvent déjà à la bonne place (le cours du pétrole a baissé et devrait prochainement se maintenir ; l’opération sur Fannie et Freddie consolide les fondations sur lesquelles au moins une partie du marché hypothécaire peut s’appuyer) ; la mauvaise nouvelle est que de nombreuses autres pièces sont encore disposées pêle-mêle et ne donnent pas d’image claire de la situation. Le puzzle n’est pas encore complété, loin de là.
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