Je ne suis pas un grand adepte des montagnes-russes dans les parcs d'attractions. Il faut payer son entrée, patienter dans une longue file, monter à bord d'un wagonnet, boucler sa ceinture pour ensuite sentir son estomac se retourner maintes fois avec une impression de perte totale de contrôle. Une expérience vécue il y a quelques années à Disneyland Paris reste gravée dans ma mémoire: la majeure partie du trajet se passait dans le noir, augmentant ainsi le niveau d'angoisse car il était impossible de savoir si le wagon allait tourner à droite ou à gauche, monter ou descendre. Un sentiment de soulagement vous envahit alors à la sortie du tunnel même si le parcours reste chaotique.
La semaine dernière, les marchés et l'ensemble du système financier semblaient se trouver dans un tunnel à bord d'une montagne-russe. Ils sont arrivés au bout de celui-ci vendredi matin mais se trouvaient toujours sur l'attraction. Dans ce tunnel, ils ont été confrontés à une incroyable spirale baissière initiée par la faillite de Lehman. Cette fois, la Fed a décidé de ne pas intervenir, par crainte du moral hazard (" aléa moral "): plus il apparaît évident que chaque institution en détresse sera secourue, plus les comportements inconsidérés seront nombreux. J'ai toujours éprouvé des difficultés à appliquer ce raisonnement, au demeurant correct, de façon dogmatique dans le contexte actuel car cela ne fait qu'empirer les choses. Cette hypothèse s'est confirmée le jour suivant, lorsqu'il a fallu sauver AIG, sur le point de chavirer. La question de l'aléa moral est revenue comme un boomerang à la tête de Ben Bernanke. La situation ne s'est pas rétablie malgré le sauvetage de AIG et Henry Paulson a finalement proposé un vaste plan de 700 milliards de dollars. Les modalités pratiques sont encore à préciser mais il est question dans les grandes lignes de créer un rôle " d'acheteur de dernière minute " qui sera joué par l'État. Ce dernier pourra racheter une masse d'actifs bancaires (y compris de banques étrangères très actives aux États-Unis). Le marché devrait en soi déjà se stabiliser (" il y a un acheteur ") bien que des banques puissent être contraintes d'enregistrer de nouvelles dépréciations s'il s'avérait qu'elles survalorisent leurs actifs par rapport au prix payé par le Trésor américain. Le fait qu'elles puissent vendre leurs actifs pour revenir sur le marché sur des bases saines afin de lever du capital si nécessaire est d'une importance fondamentale car il met ainsi un terme au récent climat de paranoïa.
Grâce à ces mesures, qui doivent être complétées par d'autres décisions prises la semaine dernière (garanties pour les fonds monétaires, élargissement des types d'actifs permettant d'ouvrir des lignes de crédit auprès de la Fed), nous pouvons partir du principe que le risque systémique (la menace d'un éclatement du système financier) est à présent conjuré. Le wagon est donc sorti du tunnel mais nous sommes toujours sur la montagne-russe, ce qui signifie que les incertitudes économiques sont toujours au moins aussi grandes. Les marchés ont manifesté leur joie vendredi dernier (a fortiori à la suite de la mise en place d'une interdiction de vendre à découvert (short selling) dans certains pays) mais l'euphorie sera de courte durée, l'économie étant en effet toujours dans la tourmente.
Malgré les "bonnes nouvelles" (=> plan de sauvetage de la FED, interdiction de short selling sur les bourses US et Européenne,..etc..etc) les marchés sont toujours en baisse. Moins fortement certe, mais toujours à la baisse...
Pourquoi ?
Rédigé par : Patrick | 24/09/2008 à 12:49
J'oubliais :
Merci pour ce blog à la fois instructif et accessible à tous le monde.
Excellente initiative qu'il faudrait propager un peu plus auprès des clients Fortis
Rédigé par : Patrick | 24/09/2008 à 12:51