Voici déjà plus de vingt ans que je suis avec attention l’évolution des marchés financiers et la semaine que nous venons de traverser est clairement sortie de l’ordinaire, heureusement d’ailleurs. Elle a en effet été caractérisée par des chiffres économiques décevants, des craintes inflationnistes croissantes alimentées par les nouveaux sommets atteints par le pétrole, les préoccupations relatives au resserrement du crédit en réaction aux dépréciations d’actifs que les banques devraient encore annoncer, sans oublier la débâcle des places boursières. En tant que collaborateur de Fortis s’ajoute bien entendu à cette liste l’actualité relative à l’entreprise. L’évolution de l’action a ainsi suscité maintes réactions sur mon blog et les lecteurs se montrent à ce sujet avides de commentaires et de conseils. Au risque de les décevoir, je ne peux malheureusement les satisfaire, la communication et l’information relative à Fortis n’étant pas de notre ressort mais de celui du département Communication de Fortis. En revanche, je m’efforcerai comme je l’ai fait jusqu’à présent d’attirer l’attention sur l’évolution des marchés et de l’économie, notamment par le biais de sujets parfois assez « exotiques » (la crise du Vietnam que j’ai évoquée la semaine dernière, les sacs plastiques en Chine…), afin, je l’espère, d’aider les lecteurs dans leurs décisions d’investissement.
À l’aube de ce second semestre, j’aimerais aborder point par point les prévisions. Pour aller droit au but et conformément aux commentaires du président de Fortis dans la presse, nous sommes également très prudents vis-à-vis de l’économie américaine. Les perspectives peu encourageantes dont elle fait l’objet continueront de peser sur les cours boursiers dans les prochains mois. Examinons à présent la situation plus en détail :
1. La conjoncture économique est peu brillante. Ne nous laissons pas emporter par l’indice ISM étonnamment élevé outre-Atlantique : le pays est en effet sous l’influence d’un ensemble de bouleversements rarement observés, à savoir notamment l’effondrement de l’immobilier, le resserrement du crédit, le poids non négligeable du prix élevé du pétrole sur le budget des ménages et l’inflation. Il faudra encore un bon moment avant que l’économie se redresse vraiment.
2. Certes à des degrés divers, les pays européens sont plus ou moins confrontés aux mêmes problèmes et subissent de surcroît l’impact d’une devise forte.
3. Le reste du globe (marchés émergents) ralentira inévitablement en raison des difficultés au niveau des exportations et de la pression de l’inflation sur les dépenses.
4. Cette combinaison de facteurs alimente les craintes de nouvelles révisions à la baisse des bénéfices et d’autres dépréciations d’actifs annoncées par les banques sur leurs portefeuilles de crédit.
5. Dans ce contexte, les investisseurs qui ont accusé des pertes refusent de revenir sur les marchés tandis que d’autres restent dans l’expectative dans l’éventualité d’une nouvelle glissade.
N’y a-t-il dès lors aucun coin de ciel bleu dans la grisaille ambiante? Autant presque chercher une aiguille dans une botte de foin. Nous pouvons toutefois nous rassurer en constatant que les cours des banques américaines intègrent déjà de lourdes pertes sur le crédit (comment la situation pourrait-elle être pire ?). Par ailleurs, les spreads entre les obligations d’État et les obligations d’entreprises de grande qualité ne sont finalement pas trop élevés (à l’inverse du mois de mars) malgré le recul boursier. Ce coin de ciel bleu relève-t-il de l’utopie? Bien qu’une reprise modérée et durable des marchés d’actions n’est pas attendue dans l’immédiat, a fortiori pendant la période des vacances estivales, un rebond temporaire semble envisageable. Selon nos indicateurs tactiques, le fait que la baisse du marché ait été particulièrement brusque traduirait une situation de survente. Il est en effet fréquent que les marchés se redressent après une période de pessimisme exacerbé. Nous nous situons actuellement dans cette phase. Un changement radical des fondamentaux est par contre nécessaire pour envisager une reprise durable. Ceci demandera du temps et nous continuons par conséquent de sous-pondérer les actions.
William De Vijlder
1 juillet 2008
J'ai pris connaissance pour la première fois, avec le plus grand intérêt, de vos commentaires sur l'évolution des marchés financiers.
Dans votre note du 19/6/08 vous mentionnez, à mon avis à juste titre, que les investisseurs en actions feraient bien de se préparer à une pression accrue sur les marges bénéficiaires. Je pense personnellement que cela conduira fatalement à une réduction des dividendes et là je renvoie à votre note du 26/6/08 où vous insinuez qu'une stratégie d'achat d'actions à moyen ou long terme vaut la peine d'être considérée car bon nombre de titres affichent des rendements sur dividendes attrayants.
Pour terminer je me réfère à votre note d'hier où vous concluez q'une reprise durable des marchés d'actions semble bien éloignée et par conséquent vous continuez à sous-pondérer les actions.
Vous êtes donc plutôt vendeur qu'acheteur et je me demande si cela veut dire que Fortis Investments qui gère des actifs pour des sommes colossales, pourrait être en quelque sorte un contributeur au "bear market".
Je vous remercie à l'avance pour vos commentaires.
Très cordialement.
Rédigé par : Hugo Baetens | 02/07/2008 à 23:21
Stratégiquement parlant, notre équipe de gestion a pour mission de se positionner au mieux pour réagir rapidement à l’environnement de marché ambiant. Puisque celui-ci est très volatil, nos prises de positions peuvent différer de manière importante d’une semaine à l’autre.
Par exemple, alors que nous avions débuté le deuxième trimestre 2008 sur une surpondération en actions dans nos portefeuilles stratégiques, lorsque les actions sont apparues surachetées, nous sommes passés neutres - et peu après - sous-pondérés sur la classe d’actifs. Plus tard dans le trimestre, nous avons une nouvelle fois renforcé notre sous-pondération en actions.
Récemment, estimant que le marché était de nouveau survendu, nous avons décidé de réduire notre sous-pondération en achetant des actions. Nous restons donc actuellement plus prudents vis-à-vis des actions, ce qui ne veut pas nécessairement dire que nous soyons vendeurs. Nous préférons tout simplement favoriser d’autres classes d’actifs qui nous semblent potentiellement plus rémunératrices à l’heure actuelle.
Fortis Investments contribue-t-il de la sorte au « bear market » ? Pas vraiment. Si l’on compare les mouvements initiés dans nos fonds stratégiques à la capitalisation boursière mondiale, ceux-ci ne représentent qu’une infime goutte d’eau dans l’océan et ne pourraient dès lors à eux seuls créer un marasme sur les marchés d’actions. Par contre, l’association de gros mouvements vendeurs ou acheteurs initiés par de multiples investisseurs institutionnels au même moment peut avoir un effet dévastateur. Rappelons-nous simplement en 2007 les mouvements initiés par de gros hedge funds.
De plus, les fonds stratégiques ne constituent pas l’essentiel de notre gamme (28%). En effet, au sein des différentes sicav commercialisées par Fortis Investments, nous disposons de nombreux compartiments orientés uniquement sur des actions et restant toute l’année investis en actions (19% des actifs sous gestion). Le reste étant constitué de fonds obligataires, monétaires,…
Même si nous sommes persuadés que les marges bénéficiaires vont se tasser dans les prochains mois, les actions avec un dividende sur actions élevé se sont révélées très attrayantes sur les 12 dernières années et ont offerts davantage que la moyenne sur cette même période que des sociétés avec un plus faible "dividend yield". De plus, ces dernières années, quelque soit la région, ce dividende sur actions a eu tendance à augmenter. Pour des investisseurs avec un profil plus agressif, cela peut être un bon thème d’investissement, encore faut-il faire une sélection judicieuse.
Rédigé par : William De Vijlder | 14/07/2008 à 14:25