Les mauvaises nouvelles ont été légion la semaine dernière. Le taux de chômage est tout d’abord reparti à la hausse aux États-Unis. Ensuite, après avoir procédé à une révision à la baisse de la qualité de signature de trois banques d’affaires en début de semaine, l’agence de notation Standard and Poor’s a rétrogradé celle de Ambac et MBIA, deux sociétés chargées de l’assurance d’obligations (au cas où l’émetteur serait dans l’impossibilité d’honorer ses engagements). Cette succession de déclassements a ainsi alimenté les craintes d’assister à un resserrement insidieux du crédit. À Paris, enfin, l’OCDE prévoit un affaiblissement de la croissance pour 2008 et 2009 tandis que les responsables de Francfort voient la vie en rose. Un de nos collègues sur place avait en effet rendez-vous fin mai avec trois directeurs généraux de la BCE. Selon eux, après un deuxième trimestre décevant, la croissance devrait suivre d’assez près la tendance à long terme. Ils ne perçoivent en outre aucun resserrement du crédit et sont moins pessimistes que le FMI en termes de dévalorisation des crédits et des obligations. Pas étonnant dès lors que Jean-Claude Trichet ait adopté une attitude de « faucon » jeudi dernier. À noter que, pour éviter tout malentendu, les faucons et les colombes sont des volatils auxquels se réfèrent volontiers les économistes, les faucons privilégiant une lutte ferme contre l’inflation tandis que les colombes économiques se soucient essentiellement de la croissance, quitte à prendre quelques risques vis-à-vis de l’inflation.
M. Trichet n’a pas été le seul à créer la surprise la semaine dernière et il s’agit aussi d’un revirement en matière de lutte contre l’inflation: ce thème cristallise en effet l’attention des banques centrales. Ben Bernanke a déclaré qu’il convenait de surveiller les conséquences d’un dollar faible sur l’inflation (lire: « je n’envisage plus de baisser les taux »). Les banques centrales d’Indonésie et de Thaïlande ont relevé leurs taux de 25 points de base, la Chine ayant étonnamment augmenté le taux de réserves obligatoires des banques à un sommet historique (il s’agit du moyen par excellence de maîtriser la croissance du crédit). La palme de la détermination et de la clarté revient cependant à la BCE dont le président a affirmé sa ferme intention de contrer l’impact de l’envolée des prix du pétrole et de l’alimentation par un relèvement des taux en juillet (malgré un ralentissement de la conjoncture déjà manifeste). Cette situation rappelle l’attitude de la Bundesbank qui, lors de la crise du SME relative au franc français au début des années’90, avait déclaré sans sourciller qu’elle envisageait une hausse des taux… Il semblerait effectivement que les colombes soient bel et bien menacées d’extinction.
De telles tentatives d’intimidations font naturellement froncer les sourcils des investisseurs. Pour l’exprimer en des termes plus footballistiques: faut-il maintenant rester sur la touche et tourner le dos au terrain? Quatre facteurs influencent principalement les cours boursiers: les taux d’intérêt et les anticipations dont il fait l’objet, la croissance bénéficiaire, la valorisation boursière et la confiance des investisseurs. Le premier et le troisième facteur (taux et valorisation) sont respectivement neutre et positif. Par ailleurs, les craintes concernant la croissance bénéficiaire ne font pas l’ombre d’un doute, ce qui explique que le pessimisme des investisseurs. Ces dernières semaines, nous avons réduit notre position sur les actions et nous en réjouissons. La question est à présent de savoir si l’économie américaine connaîtra le rebond prévu dans les prochaines semaines (grâce au cadeau fiscal de Washington DC) et remontera le moral des investisseurs.
William De Vijlder
9 juin 2008
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