Permettez-moi de me présenter. Mon nom est William De Vijlder et je suis actuellement membre du comité de direction et responsable de la stratégie d’investissement chez Fortis Investments. J’occupe cette fonction depuis 2000 et travaille dans le secteur de la gestion d’actifs depuis 1989. Depuis 1991, je suis aussi chargé de cours principal à la Faculté d’économie et de gestion d’entreprises à l’Université de Gand (Belgique), où j’ai en outre obtenu mon doctorat.
Sur le blog, j’aborderai de nombreux thèmes, allant des perspectives et des commentaires de marché à des sujets d’actualité économique et financière. J’inviterai également des collègues de nos 40 centres d’investissement à venir partager leur point de vue. Cependant, le but premier d’un blog étant d’avoir un dialogue, je vous invite à partager votre opinion sur les thèmes abordés. Je me réjouis déjà de « chatter » avec vous.
La hausse du pétrole va-t-elle allonger les files vers la côte?
Pour les économistes, le terme « stagflation » est une injure, voire un mot tabou, d’une part parce qu’il rappelle la période immémoriale des années ’70 synonyme de faible croissance et d’inflation effrénée, fruit d’un choc pétrolier et d’une réaction politique inadéquate face au problème, et d’autre part car il est perçu comme une menace à l’acquis des années ’80 et ’90 où l’inflation demeurait faible. Soyons clair: la situation actuelle n’est pas un retour aux années ’70 et à une spirale salaires/prix galopante. Nous assistons en revanche à une augmentation assez gênante des risques inflationnistes dans un contexte de ralentissement de la croissance, que nous pourrions surnommer « stagflation light » : moins forte que la « vraie » mais avec les mêmes caractéristiques. Ce contexte attise la nervosité des banques centrales et plus encore celle des investisseurs. Le repli des places boursières la semaine dernière s’explique essentiellement par la révision à la baisse par la Fed de ses perspectives de croissance (ce n’est pas trop tôt car elles sont apparues longtemps trop optimistes) ainsi que par le relèvement de ses perspectives inflationnistes. Si les banques centrales souhaitent contenir les anticipations inflationnistes, elles ne pourront plus lutter en sus contre le ralentissement économique en diminuant leurs taux, ce qui menace par conséquent de renvoyer la croissance des bénéfices et la reprise de l’économie aux calendes grecques. L’évolution de l’inflation sous-jacente est toutefois assez complexe et n’est pas forcément négative pour tout le monde. Nous sommes ainsi confrontés à 1) la baisse du prix de nombreux biens de consommation (grâce à la mondialisation) 2) une augmentation cyclique du prix de certains biens et services imputable à la récente période de haute conjoncture (le prix des ordinateurs portables aurait à nouveau grimpé en raison des hausses salariales chinoises) 3) une hausse du prix des matières premières pour lesquelles l’offre pourra réagir assez rapidement dans une phase ultérieure (produits agricoles), ce qui se traduira alors par une chute consécutive des prix 4) une hausse du prix des matières premières pour lesquelles la demande réagit vivement aux signaux de ralentissement de la croissance (métaux) 5) une envolée des prix pétroliers pour lesquels la demande se heurtera désormais sans cesse à une offre limitée dans les prochaines années. Ces augmentations sont de surcroît assorties « d’effets de second tour »: l’acier livré aux constructeurs automobiles est plus cher, des suppléments sont comptés pour le transport des bagages dans les avions, etc. En conséquence, toute la structure de prix est bouleversée, les marges bénéficiaires sont misent sous pression et, outre la hausse de l’indice général des prix, c’est l’équilibre entre les prix des biens de consommation mêmes qui est modifié. Les consommateurs seront dès lors poussés à adapter leur comportement, la hausse des prix à la pompe impliquant en effet qu’il faudra réduire les dépenses ailleurs : moins d’épargne (en témoigne la chute du taux d’épargne dans plusieurs pays), moins de restaurants chics mais une plus grande fréquentation des pizzerias, moins de vêtements de marque au profit de vêtements meilleur marché, moins de voyages exotiques et davantage d’excursions d’un jour à la mer ou aux parcs d’attractions. Le week-end dernier, le journal « International Herald Tribune » affirmait déjà que les Américains délaissaient les longs déplacements au profit des voyages d’un jour…
Parallèlement aux nouvelles perspectives économiques de la Banque centrale américaine, d’autres facteurs ont pesé sur les bourses la semaine dernière: le rapport négatif d’un analyste renommé à propos des banques, les nouveaux records de prix de l’or noir et le sentiment que l’ascension n’est pas terminée, un dollar à nouveau en baisse ainsi que l’élargissement des spreads des obligations d’entreprises. La confiance des investisseurs est donc à nouveau en perte de vitesse. Il est fort probable qu’elle continue de zigzaguer encore un bon moment, tantôt négative, tantôt positive, avant d’adopter une tendance claire, d’autant plus que l’été approche à grands pas.
William De Vijlder
26 mai 2008
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