La semaine dernière, j’étais à Vienne pour assister à une table ronde à l’occasion du congrès annuel de l’International Capital Market Association, auquel plus de 200 personnes actives sur les marchés financiers avaient répondu présent. Nous avons pu profiter d’un discours du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui a souligné qu’il avait déjà tiré la sonnette d'alarme déjà bien avant la crise de l'été passé. Il a ainsi formulé ses propos comme suit: « be aware when capital is chasing investments », ce qui signifie en substance: « méfiez-vous lorsqu’un grand nombre d’investisseurs courent après les quelques rares opportunités d’investissement ». Il fait aussi une nette distinction entre la surveillance de l’indice général des prix (lire: le maintien du taux officiel de la BCE à un niveau inchangé) et le contrôle de la liquidité du marché, dans le cadre duquel la BCE a utilisé avec brio les outils à sa disposition afin que les banques puissent bénéficier de plus grandes marges de manœuvre en matière de crédit. J’ai déjà eu l’opportunité d’entendre M. Trichet à d’autres occasions et il est toujours aussi impressionnant. Chose encore plus étonnante, il est apparu lors de ce congrès que les participants s’accordaient à dire que les marchés n’étaient pas près de voir disparaître le problème du manque de liquidité (c.-à-d. la difficulté d’acheter ou de vendre facilement des obligations). Cette situation est notamment due à deux facteurs : d’une part les banques qui cherchent à réduire les positions en obligations inscrites à leurs bilans et d’autre part le consensus qui ne prévoit pas d’amélioration de la conjoncture économique. L’Allemagne et la France ont ainsi créé la surprise par leur solide croissance pour le premier trimestre mais il semble à présent que le ciel s’assombrisse peu à peu et les cours pétroliers jouent à cet égard un rôle majeur (songez à l'augmentation des prix à la pompe dans notre pays la semaine dernière). Dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni, l’affaiblissement du marché immobilier entre également en ligne de compte. La maladresse de la ministre du Logement, qui transportait son mémo dans une couverture transparente en vue d’un discours, a permis aux photographes d'agrandir le texte. Message: les prix de l'immobilier devraient subir une contraction plus importante que prévu jusqu’à présent. Ce constat n’a pas empêché la Banque centrale britannique d’adresser une mise en garde dans son dernier rapport sur l’inflation: l’inflation est trop élevée (supérieure au seuil de 2%) et le restera de sorte que les taux ne peuvent pas être diminués. A l’exception de la Fed, la plupart des banques centrales ont pour objectif de contenir l’inflation, en provoquant entre autres un ralentissement de la croissance, voire une légère récession. Ce mécanisme permet aux marchés de souffler (capacité de production) pour ensuite redécoller et croître de plus belle. D'un point de vue à long terme, cette solution semblerait logique et normale si nous n’étions pas dans la phase la plus embarrassante du cycle (ralentissement de la croissance et inflation persistante).
Le ton est ainsi donné pour les prochains mois: les responsables américains espèrent que le plan fiscal de relance permettra aux consommateurs de reprendre haleine; la croissance continuera de ralentir en Europe (ce qui explique le rebond du dollar) mais restera vigoureuse dans les pays émergents, ce qui soutiendra par conséquent l’inflation (pétrole, alimentation) et précipitera les banques centrales occidentales dans une position encore plus inconfortable. Dans ce contexte, nous pouvons donc nous réjouir que les bourses aient fait preuve d’autant d’optimisme la semaine dernière. Il semble dès lors aussi que les marchés ne s'inquiètent heureusement pas trop d'une autre nouvelle assez frappante, à savoir le commentaire du président allemand Horst Köhler qui a déclaré sans détour que les marchés financiers mondiaux étaient devenus des «monstres» qu'il fallait «remettre à leur place». Il a comparé les banquiers à des alchimistes responsables de «destructions massives d'actifs »… De tels propos sont plutôt surprenants de la part d’une personne qui, dans le cadre de sa fonction actuelle, inspire autant d'autorité, qui était précédemment à la tête du Fonds monétaire international et sait donc bien de quoi elle parle. Se pourrait-il que nous évoluions progressivement vers un cadre politique moins favorable aux marchés?
Je suis très déçu par Fortis.
La sécurité des placements effectués par les clients ne semble pas être la préoccupation majeure des dirigeants de la banque.Une offre de produits compliqués et sur lesquels il est difficile de porter un jugement sauf si on est soi-même du domaine bancaire. Je m'en souviendrai.
Rédigé par : PEPIN Michel | 27/06/2008 à 10:18
J'ai pris connaissance pour la première fois, avec le plus grand intérêt, de vos commentaires sur l'évolution des marchés financiers.
Dans votre note du 19/6/08 vous mentionnez, à mon avis à juste titre, que les investisseurs en actions feraient bien de se préparer à une pression accrue sur les marges bénéficiaires. Je pense personnellement que cela conduira fatalement à une réduction des dividendes et là je renvoie à votre note du 26/6/08 où vous insinuez qu'une stratégie d'achat d'actions à moyen ou long terme vaut la peine d'être considérée car bon nombre de titres affichent des rendements sur dividendes attrayants.
Pour terminer je me réfère à votre note de ce jour où vous concluez qu'une reprise durable des marchés d'actions semble bien éloignée et par conséquent vous continuez à sous-pondérer les actions.
Vous êtes donc plutôt vendeur qu'acheteur et je me demande si cela veut dire que Fortis investments qui gère des actifs pour des sommes colossales, pourrait être en quelque sorte un contributeur au "bear market".
Je vous remercie pour vos commentaires.
Très cordialement
Rédigé par : Hugo Baetens | 02/07/2008 à 22:50